Dans les années 70, le tout jeune et sémillant Kim Jong-Il est déjà féru de cinéma. Découvrant Godzilla, le célèbre film de ses voisins mais néanmoins ennemis Japonais, Kim se dit que ça ne se passera pas comme ça, qu’il ne sera pas dit que ces salauds de Japs auront l’apanage de la réalisation de films de monstres au message subtilement allégorique, qu’il faut frapper un grand coup. Aussi décide-t-il de faire réaliser sur commande un chef-d’oeuvre cinématographique à la gloire du socialisme populaire nord-coréen. Ainsi est né le projet Pulgasari.

Tremblez, infâmes avortons capitalistes.

Kim Jong-Il ne va pas lésiner sur les moyens pour faire réaliser ce film. Tout d’abord et très logiquement, il fait enlever un réalisateur sud-coréen et sa femme actrice, faisant ainsi d’une pierre deux coups. Shin Sang-Ok et Choi Eun-Hee attendront en cellule quatre longues années avant de connaître la raison de leur enlèvement. Il faut dire que le Cher Leader a d’autres chats à fouetter, mais il reste confiant pour la suite, le casting s’est tellement bien déroulé.
Enfin, Shin Sang-Ok et son épouse, invités à dîner par Kim Jong-Il lui-même, se voient contraints de tourner un film de monstres reléguant Godzilla au rang de comédie romantique et mettant en avant la supériorité du mode de vie socialiste.

Le film est terminé en 1985, mais il ne sortira qu’en 1998, après qu’un critique japonais ait encouragé la Corée à le projeter en louant ses qualités esthétiques. Entretemps, le couple de prisonniers a réussi à s’enfuir et ne profitera donc pas d’un succès bien mérité.

Pulgasari se déroule en Corée féodale, au 14ème siècle. Un méchant roi tyrannise son peuple et réquisitionne tout le fer du pays pour forger des armes. Un forgeron emprisonné moule dans sa prison une petite figurine de monstre et fait avant de mourir le vœu qu’elle s’éveille et délivre les paysans du joug monarchique. Éclaboussée du sang de la fille du prisonnier, la figurine s’anime et commence à dévorer tous les objets métalliques qu’elle peut trouver. Pulgasari le monstre-mangeur-de-métal s’évertuera dès lors à devenir de plus en plus puissant pour aider le peuple à combattre et renverser la monarchie corrompue.

Au Japon, le film n’a pas attiré les foules. En Corée du Sud encore moins puisque le film a totalisé moins de mille entrées.
Pulgasari a cependant raflé toutes les récompenses du festival de Pyong Yang 98, où il était d’ailleurs le seul film en compétition.

Un extrait du chef-d’œuvre :

Vous pouvez également regarder le film dans son intégralité grâce à Google Vidéos.
De ce coté vous pourrez lire une critique détaillée et contextualisée du film.
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