– Regardez ça mon vieux Trung, Des Serpents dans l’Avion, le DVD collector avec les scènes coupées et les interviews des reptiles parmi les bonus. Vous l’avez vu ?
– Oh non Imputrescible Démiurge Pourfendant Chaque Soir Le Soleil Pour Le Faire Renaître Le Lendemain, en tant que produit de l’industrie cinématographique capitaliste américaine ce genre de production me répugne. Mon film préféré est celui-ci : Citizen Kim, que vous-même avez réalisé en 1941.
– Vous êtes un crétin, Trong. Des Serpents dans l’Avion est un véritable chef-d’œuvre à l’esthétique sans faille, au casting imparable et qui plus est porteur d’un message universel pouvant être réinterprété à l’envi par le téléspectateur. Je me demande s’ils vont tourner un deuxième ?
– Ils pourraient changer de formule pour l’occasion, faire quelque chose de différent. Je ne sais pas moi, Des Piranhas dans un Escalator par exemple.
– Vous essayez de faire de l’humour là ou quoi mon petit Trang ? Faites attention car vous risquez vous-même de vous retrouver à barboter avec des piranhas si vous persistez à déblatérer des insanités de ce genre-là. Et puis vous savez quoi ? On va la tourner nous-même cette suite. Prévenez les services secrets qu’on va avoir besoin d’eux. Dès demain je veux tout ce que le terrarium du zoo de Séoul compte de serpents sur mon bureau. Non, attendez, pas sur mon bureau, ça va faire désordre. Disons sur votre bureau à vous, Tring. Je vous nomme haut-responsable du bien-être des reptiles figurant dans la superproduction nordcoréenne Des Serpents dans l’Avion 2. Pas mal comme titre, qu’est-ce que vous en pensez ?
– J’aurais préféré une nomination un peu moins tape-à-l’œil, ô Incandescent Génie Aux Idées Géniales.
– Je ne parlais pas de votre avancement, crétin, mais du titre pour notre film. Cela me fait d’ailleurs penser que des serpents ne suffiront pas. Il va nous falloir un avion avec ça. Prévenez nos agents qu’en rentrant de Séoul il faut qu’ils me ramènent un avion en plus des serpents. Un truc genre Boeing mais en plus socialiste, vous voyez ? Un Airbus, ça fera l’affaire. Je leur dirais bien de rentrer en avion mais j’ai peur que l’avion ne rentre pas dans l’avion, vous voyez ce que je veux dire ? Qu’ils déposent ça sur votre bureau avec les serpents. Pas besoin de ramener d’hôtesses de l’air, j’en ai suffisamment et de toute façon il était temps que je fasse du tri dans ma collection, certaines commencent à être usées.
– À vos ordres, Grand Centrifugeur du Cosmos Impalpable.
– Bon, le projet prend forme, c’est merveilleux. En ce qui concerne les serpents, prenez-en soin, ce sont les stars de notre production. Vous leur apprendrez à siffler notre hymne national, en passant. Il est important que les personnages principaux de notre film véhiculent les valeurs primordiales de notre patrie, telle la connaissance de tous les couplets de notre glorieux hymne.
– Et pour ce qui est du scénario, Votre Altesse ?
– C’est très facile. Alors euh… ça se passe sur un vol Pyongyang/Las Vegas. Dans l’avion il y a plein de serpents surexcités parce que euh… ils sont tout enthousiastes à l’idée de leur séjour dans la ville des casinos et des putes sudistes et euh… ils commencent à prendre les hôtesses à parti parce que hmm… les boissons sont beaucoup trop chères et servies en doses minuscules. C’est bien vrai, d’ailleurs, c’est toujours comme ça. Alors du coup, euh… euh… le pilote qui n’est autre que Samuel Jackson décide de hmm… diriger l’avion vers euh… Pfou, vous savez quoi, Troung ? Donnez l’ordre aux gars des services secrets d’enlever un réalisateur et un scénariste sudcoréens sur le chemin. On les mettra au cachot pendant quelques temps et je suis sûr qu’ils arriveront à nous pondre un scénario d’enfer après ça. Ah, et n’oubliez pas de leur mentionner Samuel Jackson.