– Allez, quoi, les gars, je sais bien que vous êtes tous très attristés par la nouvelle de mon cancer mais c’est pas une raison pour tirer la tronche comme ça, merde ! On est ici pour se fendre la gueule, pas pour chialer comme des grand-mères. Qu’est-ce que vous croyez ? Que j’ai organisé ce camp d’été pour assurer la répétition de mon enterrement ? Colonel Wan, racontez-nous une histoire drôle, qu’on rigole un peu. Mais attention, hein, pas une que je connais déjà, sinon c’est corvée de latrines pendant deux semaines.
– Voilà qui est ardu, Merveilleux Géant Qui Se Rit De La Mort, étant donné que vous êtes l’humour incarné et que toutes les blagues passées, présentes et à venir ont reçu votre approbation avant d’être racontées de par le monde pour déclencher l’hilarité de l’humanité.
– Je sais bien Wan, mais il va falloir faire un effort. Inventez quelque chose, je sais pas moi, n’importe quoi.
– Alors, hum… C’est deux canards qui discutent. Le premier dit à l’autre : « Je vais me barrer. J’en ai marre de ce coin ! » Et l’autre lui répond : « Où que tu ailles, tu feras toujours coin-coin. »
– …
– …
– C’est complètement naze, Wan, vous appelez ça une blague ?
– L’idée c’est que le deuxième canard pense que…
– J’ai très bien compris ce que vous vouliez dire Wan, mais je maintiens : c’est la blague la plus naze qu’il m’ait été donné d’entendre. Caporal Koon, une blague je vous prie. Tâchez de faire mieux que le Colonel Wan, même si ça ne devrait pas être trop dur.
– Je… J’ai une devinette, Envahissant Instinct Viril.
– Va pour une devinette. Je vous écoute.
– Qu’est-ce qui est blanc et qui va très vite ?
– Je ne sais pas Koon, dites-moi.
– Un avion !
– …
– …
– Vous vous foutez de ma gueule, Koon ? Vous avez vraiment cherché à faire pire que Wan ou c’est juste que vous vous partagez le quotient intellectuel d’un escargot trisomique ? C’est quand même pas compliqué merde, je vous demande de me raconter une blague. Pas un truc qui va me faire crever de rire, juste quelque chose d’assez drôle pour me faire esquisser le début d’un sourire. Ling ! Blague ! Maintenant !
– C’est l’histoire de deux boulons…
– Vous m’emmerdez profondément avec vos boulons, Ling. Depuis la foire du boulon, vous ne pensez plus qu’à ça. C’est à croire qu’on vous en a fourré une ou deux poignées dans le fondement. Vous n’allez vraiment plus bien, il faut vous faire soigner. On m’a même rapporté que vous avez prénommé votre dernier-né ‘Petit Boulon’.
– J’avais pensé l’appeler ‘Kim’, Fierté Fixée Au Monde Comme Un Boulon À La Calandre, mais c’est déjà comme cela que s’appellent ses huit frères et soeurs.
– Je vois, je vois. Qu’est-ce qu’il y a, Wan ?
– Rien ne sert de pourrir, il faut partir à coin.
– Vous aggravez votre cas, Wan, je suis au regret de vous l’annoncer. Vos cancans et vos coin-coin sont aussi amusants qu’un feuilleton taïwanais. C’est ma faute, ceci dit. Je n’aurais jamais dû vous demander de me raconter une blague. C’est clairement au-dessus de vos capacités, alors on va laisser tomber. Écoutez plutôt celle-ci : C’est une saucisse et un canard qui se rencontrent dans la rue. Le canard dit : « Oh ! Une saucisse qui marche ! » et la saucisse répond : « C’est parce que j’ai loupé le bus ».
– …
– Alors ? Qu’est-ce que vous en pensez ?
– Je…
– C’est…
– Euh…
– Ma blague ! Qu’est-ce que vous en pensez ? Elle est drôle ou elle n’est pas drôle ?
– Ahahahahahahahah !
– Ahahahah !
– Ahahahahahahahahahahaha !
– Ahahaha c’est vraiment désopilant, Instance Du Rire Et Du Périr.
– Vous voyez ? Je vous avais bien dit qu’on allait s’éclater à ce camp d’été.