– Une dédicace ? Mais bien sûr mon vieux, avec grand plaisir. À quel nom je vous la mets ?

– À Kim Jong-Il, Étourdissante Superpolation Éthérée.
– Quoi ? C’est une plaisanterie ?
– Pas du tout, Aveuglant Éclat Pourfendant l’Ombre du Néant, j’ai l’incompressible honneur de partager avec vous ce patronyme que votre existence a rendu prestigieux.
– Ah bon ? C’est troublant, cette situation, dites-moi.
– Vous voulez dire que cela vous pose un problème existentiel sur votre rapport à l’identité ?
– Non, non, pas du tout, mais imaginez que vous cherchiez à usurper mon identité, là comme ça, et que vous en profitiez pour saboter la politique de notre pays. Ce serait très gênant. Vous pourriez, je sais pas moi, vous réconcilier avec les Américains, nourrir nos paysans, ce genre de sottises qui serait catastrophique pour notre stabilité.

– Oh mais jamais une chose pareille ne me viendrait à l’idée. Vous n’avez rien à craindre de moi, Fulgurant Apparat Des Dieux. Je suis un patriote invétéré. De plus et à mon grand désespoir, nous ne nous ressemblons absolument pas.
– Vous savez comment sont les Américains. Pour eux nous nous ressemblons tous. Cela me donne une idée, d’ailleurs. Je vous engage comme sosie officiel. Vous irez faire le clown à ma place quand Clinton viendra chouiner pour récupérer les secrétaires qu’on lui a piqué la dernière fois qu’il est venu. Elles ne méritent d’ailleurs pas leur réputation, vous pouvez m’en croire. Elles ont été très décevantes. Je suis un spécialiste en la matière, je l’ai traitée de fond en comble, si j’ose dire, et pour le coup j’ai été foutrement désappointé.
– De quoi voulez-vous parler, Incisif Sphynx Socialiste ?
– Laissez tomber. Revenons-en à cette histoire de sosie. Il faut bien l’admettre : j’ai eu là une merveilleuse idée, comme toujours. Étant donné que vous vous appelez déjà Kim Jong-Il ça nous épargnera des montagnes de paperasseries destinées à couvrir votre identité. Futé, non ? Je vais enfin pouvoir prendre des vacances.

– Je suis très honoré, Virulent Vestige de la Perfection, mais qu’adviendra-t-il de l’actuel sosie officiel ?

– L’actuel sosie officiel c’est moi, mon vieux. Bon maintenant filez-moi un stylo, que je vous signe votre bouquin.