Comme je ne l’ai bien évidemment pas encore commencé, je vous retranscris le tout début de la préface, agrémentée de deux citations qui constituent l’exergue du roman, histoire que vous ayez une idée de quoi ça cause.


« Le temps des mille ans s’achève. Voilà que sortent les nations qui sont aux quatre coins de la terre et qui égalent en nombre le sable de la mer. Elle partiront en expédition sur la surface de la terre, elle investiront le camp des Saints et la Ville bien-aimée. »
Apocalypse, XXème chant.

 

« Nous pourrions chercher ensemble un nouveau style de vie qui rendrait possible la subsistance de 8000 millions d’êtres humains que l’on estime devoir peupler la planète en l’an 2000.
Sinon, aucun nombre de bombes atomiques ne pourra endiguer le raz de marée constitué par les milliards d’êtres humains qui partiront un jour de la partie méridionale et pauvre du monde pour faire irruption dans les espaces relativement ouverts du riche hémisphère septentrional, en quête de survie. »
Président Boumediene (mars 1974)

 

Paru pour la première fois en 1973, le Camp des Saints est un roman qui anticipe une situation aujourd’hui plausible et une menace dont l’éventualité ne paraît plus invraisemblable à personne : il décrit l’envahissement pacifique de la France, puis de l’Occident, par le tiers-monde devenu multitude. À tous les niveaux, conscience universelle, gouvernements, équilibre des civilisations, et surtout chacun en soi-même, on se pose la question, mais trop tard : que faire ?

Que faire, puisque nul ne saurait renoncer à sa dignité d’homme au prix d’un acquiescement au racisme ? Que faire, puisque dans le même temps, tout homme – et toute nation – a le droit sacré de préserver ses différences et son identité au nom de son avenir et au nom de son passé ?

Notre monde s’est formé dans une extraordinaire diversité de cultures et de races qui n’ont pu se développer, souvent jusqu’à l’ultime et particulière perfection, que par une nécessaire ségrégation de fait. Les affrontements qui en découlent et qui en ont toujours découlé ne sont pas des affrontements racistes, ni même des affrontements raciaux. Ils font simplement partie du mouvement perpétuel des forces qui s’opposent et forgent ainsi l’histoire du monde. Les faibles s’effacent puis disparaissent, les forts se multiplient et triomphent.

L’expansionnisme occidental, par exemple, depuis les croisades et les grandes découvertes terrestres et maritimes jusqu’à l’épopée coloniale et ses ultimes combats d’arrière-garde, obéissait à des motifs divers, nobles, politiques ou mercantiles, mais où le racisme ne tenait aucune part et ne jouait aucun rôle, sauf peut-être chez les âmes viles. Le rapport de forces était en notre faveur, c’est tout. Qu’il s’appliquât le plus souvent aux dépens d’autres races – encore que certaines en furent sauvées de leur engourdissement mortel – n’était qu’une conséquence de notre appétit de conquête et non pas un moteur ni même un alibi idéologique. Aujourd’hui que le rapport des forces s’est diamétralement inversé et que notre vieil Occident, tragiquement minoritaire sur cette terre, reflue derrière ses murailles démantelées en perdant déjà des batailles sur son propre territoire et commence à percevoir, étonné, le vacarme sourd de la formidable marée qui menace de le submerger, il faut se souvenir de ce qu’annonçaient les anciens cadrans solaires : « Il est plus tard que tu ne crois… »