La mort de Boniface VIII, par Boccace. Enluminure issue de l’ouvrage De Casibus Virorum Illustribus, XIV° siècle.

– « Il a mal aux mains », « il a mal aux mains »… Je vois pas comment il peut avoir mal aux mains maintenant qu’on les lui a coupées.
– Logique irréfutable. Examen méthodique. Diagnostic sans appel. Traitement énergique. Je ne vois pas ce qu’on pourrait faire de plus.
– De quoi il se plaint, franchement ? On représente quand même ce qui se fait de mieux en matière de médecine, non ? On est au 14ème siècle, merde ! C’est plus le moyen-âge ! Enfin si mais bon, on se comprend.
– Notez bien qu’on découvre chaque jour de nouvelles afflictions, comme on découvre de nouvelles cures.
– Bien sûr, bien sûr. La médecine a ses failles. L’empirisme est roi.
– C’est quand même terrible, quand on y pense…
– Quoi ?
– Tous ces maux qui paraissent bénins mais qui se révèlent, au final, des plus fâcheux. On en a un exemple édifiant sous les yeux. Qui aurait pu imaginer qu’un peu d’arthrite puisse vous réduire pareillement un homme ? Et pas n’importe quel homme ! Un pape ! Le vicaire du Christ ! Et tout ça malgré un traitement de premier ordre. C’est terrible.
– Je sais bien. Tenez, la semaine dernière j’étais chez le comte de Nevers. Il s’était foulé la cheville. Ça n’a l’air de rien, une cheville foulée. Figurez-vous qu’il en est mort.
– Terrible. Quel médication avez-vous appliqué ?
– Eh bien, j’ai appliqué la méthode empirique, bien sûr, et en toute logique, pris la décision de séparer l’organe souffrant de la part saine du patient.
– Évidemment. Logique implacable. Méthodes irréprochables. Verdict catégorique. Traitement draconien. Que peut-on faire de plus, à part s’en remettre à Dieu ?
– On est peu de choses, tout de même.
– N’est-ce pas ?
– …
– …
– Qu’est-ce qu’il marmonne, là ? Je n’y comprends rien.
– Il dit qu’il a mal à la tête…