Tapisserie de Bayeux (extrait), XIe siècle

– Bondiou d’bouseux baveux que j’voyons là ! Eh ! Du bouseux !
– Vin’Dieu qu’est ce que j’voyons là sur l’instant ? Eul racaille du vil Seigneur pour sûr ! Bien l’bonjour vot’ seigneurie !
– Bonté Divine bouseux comme tu peux puer ! Bouseux ! Donne-moi du foin sur l’heure ! Notre bien-aimé Seigneur veut du foin pour mener sa guerre. Ses chevaux ont faim! Sur l’heure j’ai dit bouseux !
– J’n’avyons point de problème pour esgourdir vot’ seigneurerie, j’m’en va vous chercher not’ meilleur foin pour bouter ces Anglois de malheur !
– Bon Dieu d’Anglois de malheur !
– Hermance, voyons, contenez-vous malheureux.
– C’est que ces bouseux me donnent le mal de mer Anthelme, ces odeurs…
– Eh là, j’n’aimions point trop vos manières, not’ odeur est p’têtre pas bien joyeuse, mais not’ foin, lui, fait reluire les valseuses, ça oui ! Aussi vrai que j’m’appelle Nestor Fromentin ! Clotaire ! Viens voir un peu montrer ça a not’ bon gentilhomme !
– Ça ira bouseux, ça ira, merci bien. Faites… Je vous en prie, j’espère que ce n’est pas notre foin qu’empoigne ce petit cafard pour… Seigneur Dieu !
– Frotte plus fort garcon, not’ preux chevalier là nous fait un malaise !
– Bouseux ! Il suffit, sur-le-champ faites cesser !
– Comme vous voudrez, mais viens-y plus le r’dire sur not’ foin avec ton langage du démon !
– S’il n’y a que ça pour vous faire arrêter, qu’il en soit ainsi ! J’accède a votre requête. Et maintenant hâtez-vous du bouseux, c’est que nous avons de l’Anglois à bouter nous…
– Pour sûr qu’elles sont bien luisantes main’nant eul valseuses !
– Clotaire, arrête d’eul brailler d’la sorte, ces chevaliers veulent eut foin pour bouter de l’Anglois !
– Milles excuses noble chevalier, j’savyons point les manières d’vous autres.
– Dites Hermance, je connais une petite Ermeline qui saurait y faire avec ce foin…
– Foutredieu de bouseux puant, mets m’en une poignée a part. Anthelme, encore une idée comme celle-là et je vais vous demander de me passer le foin, si vous suivez ma pensée !