Génération Bien

« God damn it, an entire generation pumping gas, waiting tables; slaves with white collars. Advertising has us chasing cars and clothes, working jobs we hate so we can buy shit we don’t need. We’re the middle children of history, man. No purpose or place. We have no Great War. No Great Depression. Our Great War’s a spiritual war… our Great Depression is our lives. We’ve all been raised on television to believe that one day we’d all be millionaires, and movie gods, and rock stars. But we won’t. And we’re slowly learning that fact. And we’re very, very pissed off.« 
– Fight Club

La grande dépression. Sans majuscule, parce qu’elle est moche notre dépression, là où on la voudrait grande et belle, et spéciale, et o-ri-gi-nale! Chaque génération passe par une crise d’identité, dénigrant les valeurs des vieux, des anciens, du passé, de l’avant. Nous non. Quand les auteurs américains critiquaient acerbement leur modèle culturel, pour se trouver un but, ou en déplorer le manque, les nôtres régurgitaient des leçons bien apprises. On vomit depuis 40 ans le même refrain, et c’est Bien. Quand Douglas Coupland et Chuck Palahniuk explosaient d’un cynisme grandiose le hippie/yuppie, nous sculptions des statues en l’honneur des bobos. 40 ans après Mai 68, Cohn Bendit reste un modèle, dans le comportement et les idées. Le je-m’en-foutisme vulgairement bien-pensant est roi. Malheur à ceux qui le critiquent!

Quand je dis que nous ne critiquons plus nos parents, c’est faux. Mais nous critiquons exactement les mêmes choses qu’eux, et nous voulons exactement les mêmes choses qu’eux. L’Europe, il faut dire Union Européenne maintenant, jeune et jolie, est mentalement sclérosée, en phase terminale d’une non-pensée tournant en rond, Éternel Retour mal-baisé en gros.

Le pire du pire, c’est que nos indignations bien sélectives soient sélectionnées pour nous. La génération qui admire les démonteurs de McDo choisit ses luttes comme on achète un menu Best Of chez Ronald. « Vous prendrez quoi aujourd’hui? de l’anti-racisme, de l’anti-guerre, du pro-gay, du bouffe-catho, ou notre menu mix-spécial défense des minorités? Non, un peu d’alter-mondialisme-écolo alors? Oui? Parfait! Ça sera à emporter? Ok, je vous rajoute slogans et bannières. Bonne journée. »

Et puisque on voit le malade, il faut nommer la maladie. Alors rendons grâce à celui qui a renvoyé en pleine face à notre société post-moderne sa diarhée dialectique dégoulinante, celui qui mis le virus sous les projecteurs, Éric Zemmour. Un homme qu’il fait bon détester, pas pour ses idées, car on ne cherche même pas à les comprendre, mais pour l’image qu’ont ses idées. Alors cette maladie, nous l’appellerons Zémmourite. L’homme qu’on attaque pas pour ce qu’il pense, mais pour ce qu’il ne VEUT PAS « penser »: que Sarkozy est l’antéchrist, que toulemondilégentil, que le mâle blanc hétérosexuel est une arme de destruction massive, en vérité, qu’il y a le Bien, et le Mal.

Notre génération se croit rebelle quand elle est ultra-conventionnelle, elle se gausse et s’offusque des déclarations de George Walker Bush sur « l’Axe du Bien » quand elle suit le même processus de pensée. On vit dans une époque d’axes du Bien. Des armées de censeurs édictent en diktats ce qu’il faut ou ne faut pas PENSER, et donc ce qu’on peut ou ne peut pas DIRE. (…) Et comme chaque Eglise qui se respecte, celle-ci aussi possède une riante inquisition. La spécificité de la nouvelle secte est que tout le clergé est complice, on a réinventé le curé-KGB. Il prêche, dénonce, enquête et instruit les procès. Ce n’est plus Don Camillo mais le CHErlock Holmes de la Pravda. Et cet ecclésiaste rouge/vert a inventé de nouveaux délits, de nouveaux péchés, de nouveaux blasphèmes. Car mes chèr(e)s frères, je vous le dis, celui qui ne pense pas Bien pense Mal, celui qui questionne le Bien pense Mal! (…) Le génie est d’être tous contre un, le chevalier errant voit fondre sur lui des hordes de gueux loqueteux et purulents.

Alors voilà, on en est là. Dans une ambiance fin de race, décadence impériale, anomie généralisée, ceux qui résistent un tant soit peu sont ostracisés. Mais nous ne sommes pas des victimes, ce que nous disons, nous l’assumons, et ce que nous faisons, nous l’avons décidé de notre plein gré. Nous ne demandons pas pardon, nous ne nous plaignons pas, et nous ne nous tairons pas.

Mean Publications pour le texte. Police du Monde Parodique pour l’image.

Je ne saurais dire tout le bien que je pense de ce texte qui exprime exactement, et de manière bien moins confuse, ce que je ressens.