Le duel d’Eugène Onéguine et Vladimir Lenskyi par Ilya Repine (1889)

– Bon alors messieurs, pour déterminer l’ordre de tir nous allons jouer à pile ou face. Monsieur le Comte Oneguine, toujours en votre qualité d’offensé : que choisissez-vous ?
– Je choisis pile.
– Je choisis pile aussi !
– Ah mais non, monsieur Lenskyi, comprenez bien que vous ne pouvez pas être deux à choisir pile.
– Et pourquoi donc, je vous le demande ?
– Mais, mais, mais et bien tout simplement parce que chacun des joueurs doit choisir une face différente afin de déterminer un gagnant.
– Si c’est face, c’est pas pile alors.
– …
– Pile !
– Laissez Boris, si le sieur Lenskyi désire tant que ça le côté pile, qu’il en soit ainsi. Cela ne change rien à l’affaire.
– Ho ho ho, comme il se la pète le ducon comte.
– Monsieur Lenskyi, vous ne pouvez pas parler au comte de la sorte ! Je vous rappelle que c’est ce genre de propos qui l’ont amené, avec raison, à vous provoquer en duel.
– Suffit Boris, il serait vain de tenter d’expliquer à ce cafard impudent les règles de la bienséance.
– Non mais oh ! Le comte qui m’insulte, alors ! Je demande un duel !
– Mais nous sommes DÉJÀ en duel, suivez un peu, bonté divine.
– Bon alors, tout le monde est prêt ? Je lance la pièce… Et c’est
BANG !
– AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! AAAAAAAARRRRGH !
– Mais, mais, mais, monsieur Lenskyi ! Ça ne va pas ? Vous n’avez pas le droit de tirer avant même qu’on ait tiré à pile ou face !
– Alors le comte ? Qu’est-ce que tu gueules ! T’as perdu ton flegme ?
– Monsieur le comte, je constate effectivement que vous perdez plein de phlegme. Il faut vous transporter immédiatement au dispensaire.
– AAAAAAAAAAAAAH et en plus c’était face !
Click click click click click
– Monsieur Lenskyi, que faites-vous donc ?
– Mais ? Mon pistolet est vide ?
– Ce sont des pistolets de duel à un coup, Monsieur Lenskyi.
– Quoi, mais c’est honteux ! Comment je l’achève moi, hein ? Vous ne vous en tirerez pas comme ça vous, je vous provoque en duel !
– Hein ? Quoi ? Mais, mais, mais c’est insensé ! C’est la première fois que je vous voie et je ne vous ai en rien offensé.
– Et je choisis pile ! Pile !
– Mais c’était faaAAAAaaace AAAAAAAAAAAAAAARGH !