Je sais que j’ai déjà pas mal parlé de Julien Freund, ou plutôt que je vous ai retranscrit pas mal de passages de son livre l‘Essence du politique, mais ce bouquin est réellement passionnant et je ne peux m’empêcher de vous en livrer quelques nouveaux extraits pleins de sens. Dommage que Julien Freund n’ait pas porté une cape et un masque, le statut de superhéros lui irait à ravir.

Comme ça va faire beaucoup de texte d’un seul coup  je vais aérer mon post par des images en rapport avec le sujet. Dont acte.

– En fait c’était juste pour savoir qui prendra de la salade en entrée. Levez la main, merci.

Une définition canonique de la politique : La politique est l’activité sociale qui se propose d’assurer par la force, généralement fondée sur le droit, la sécurité extérieure et la concorde intérieure d’une unité politique particulière en garantissant l’ordre au milieu de luttes qui naissent de la diversité et de la divergence des opinions et des intérêts.

Freund insiste tout particulièrement sur la nécessité de bien distinguer la politique et la morale. D’abord, explique-t-il, parce que la première répond à une nécessité de la vie sociale alors que la seconde est de l’ordre du for intérieur privé (Aristote distinguait déjà vertu morale et vertu civique, l’homme de bien et le bon citoyen), ensuite parce que l’homme moralement bon n’est pas forcément politiquement compétent, enfin parce que la politique ne se fait pas avec de bonnes intentions morales, mais en sachant ne pas faire de choix politiquement malheureux. Agir moralement n’est pas la même chose qu’agir politiquement.

(Passages tirés du PDF Julien Freund et l’impolitique, d’Alain de Benoist. Ceux qui sont intéressés peuvent également consulter Julien Freund, penseur machiavélien, par Sébastien de La Touanne.)

– N’insistez pas. Je vous avais prévenu que je ne ferais mon imitation de Babar qu’une seule fois.

« Le rôle du pouvoir n’est pas de nous rendre heureux, mais d’assurer la sécurité de tous et de chacun, pour laisser à chaque individu le soin de choisir son propre style de bonheur. »

« La morale ne peut tenir lieu de politique parce qu’elle verse trop facilement dans l’idéologie et justifie ainsi de manière infâme les tueries en faisant de l’ennemi politique l’image du mal qu’il faut exterminer. »

« Dès que l’insoumission se traduit par un appel à l’opinion et devient incitation à la désobéissance, elle utilise la morale, sous le couvert de faire obstacle à l’injustice, comme un moyen politique. Cela explique par contre-coup l’attitude par exemple de tous ceux qui refusent de signer les manifestes même si leur teneur est purement humanitaire et comme telle ne soulève aucune objection, parce qu’ils se posent la question : à quel usage politique les promoteurs de ce texte le destinent-ils ? »

– Je vous ai construit ! Non attendez c’est pas ça. Je vous ai contrit ! Hmm non. Je vous ai mépris ? Ah et puis merde. Je dissous l’Assemblée ! Voilà. Des questions ?

« L’esprit seul est vraiment créateur, la force n’est qu’une puissance de rassemblement. En effet, par nature la pensée est hérétique, et de ce fait elle ne s’accorde point des unions et des compromis nécessaires à l’action politique. L’esprit est critique, ce qui veut dire qu’il vit de doutes, de contradictions, qu’il cherche des preuves, progresse par démonstrations, éclaire, essaye de comprendre, d’expliquer et de convaincre ;  il est ‘anti-social’. La force au contraire affirme, domine, quête l’approbation et les applaudissements, utilise l’argument pour persuader et non pour instruire : elle fait croire. L’esprit joue avec le temps, construit des hypothèses, les abandonne, les reprend : il sait attendre. La force par contre est plongée dans le présent, elle est soumise à la loi de l’urgence et aux priorités.

La politique est directement en contact avec l’existence, elle défend des positions et particularise les problèmes ; l’esprit raisonne et rêve, il cherche les causes et propose des fins. La politique a besoin d’une seule idée mais capable d’orienter l’action ; l’esprit se divise en idées multiples et attaque aussitôt ce qu’il vient d’assurer. »

– Puisque je vous répète que je ne suis PAS Julio Iglesias !

« Dès que le sentiment d’une culpabilité métaphysique se glisse dans le pouvoir et dans les couches qui le soutiennent, la collectivité toute entière est troublée et déchirée, tant parce que le pouvoir devient alors hésitant, maladroit et capricieux que parce que les formes propres au régime ainsi que l’ordre et l’esprit qui lui sont particuliers passent pour radicalement injustes. Ce genre de culpabilité a en général pour base une philosophie universaliste et humanitaire, négatrice du particularisme politique, sous prétexte que celui-ci serait éthiquement et rationnellement mauvais. On ne peut plus dominer lorsqu’on suspecte toute manifestation de puissance d’être une faute. »

– Monsieur le Premier Ministre, qu’entendez-vous exactement par « guerre thermonucléaire totale » ?

« Qu’on le veuille ou non il existe des inégalités inéluctables non seulement entre les civilisations successives mais aussi entre les contemporaines, ne serait-ce que parce que chacune d’elles a un autre passé historique et qu’elles reposent originairement sur des conceptions différentes du monde. Il est donc tout aussi extravagant de mépriser d’autres civilisations au nom des succès spectaculaires de l’une d’entre elles (rien ne nous permet de juger qu’une civilisation technicienne est absolument et intrinsèquement supérieure à celle qui donne le primat à la contemplation) que de mettre au compte des fautes d’une civilisation plus évoluée les retards des autres. »

– Votre question : « est-ce que ça baise à la mairie ? » me paraît très intéressante mais nous n’avons malheureusement plus le temps pour nous pencher sur ce sujet.

Et pour conclure trois citations de Julien Freund au réveil :

« La société actuelle est devenue tellement molle qu’elle n’est même plus capable de faire la politique du pire. Tout ce qu’elle me paraît encore de taille à faire, c’est de se laisser porter par le courant. Une civilisation décadente n’a plus d’autre projet que celui de se conserver. »

« Il n’y a pas d’idée tolérante. Il n’y a que des comportements tolérants. Toute idée porte en elle l’exclusivisme. »

« L’avenir, c’est le massacre ! »

– … et c’est pourquoi j’ai décidé d’interdire la tecktonik.