– Fa Ré… Fa Ré… Hmmm c’était comment déjà ? Fa Ré Fa Do Mi.
– Bogdán ! Bogdán-euuuuuuh ! Qu’est-ce tu branles ? C’est l’heure de bouffer.
– Je m’en fous. C’est encore du goulash, je parie.
– Euh. Ouais, ouais c’est encore du goulash. Mais il a pas le même goût ce soir : comme on avait plus de poivre on a mis de la terre. C’est délicieux tu vas voir.
– Je m’en fous. M’en fous. Fa Ré Fa Do Mi… Fa Ré Fa Do Mi Fa Ré Do Fa Mi. Ah ! C’est presque ça.
– Bogdán ! Bogdán-euuuuuuh ! Allez, viens ! On t’a gardé du Russe. Il en reste pas beaucoup en plus. Faut que tu manges, merde.
– Foutez-moi la paix. J’essaye de retrouver ce morceau. J’ai pas pu rejouer depuis le début de cette putain de guerre. En plus je m’entends à peine avec ces Russes qui gueulent.
– Mais Bogdán ! On est bien obligés de les garder vivants, sinon la viande pourrit.
– Fa Ré Do Fa Mi… Et ensuite… Je sais plus. Je ne sais plus jouer du piano. Tout ce que je sais faire c’est tirer au fusil, ramper dans la boue, tuer. Je ne suis plus un homme…
– Bogdán ! Bogdán-euh ! Arrête de déprimer. On t’avait dit que ça servait à rien de trimballer ton piano de toute façon. Tu vois ? Tu nous as fait chier pendant des kilomètres pour rien. Viens bouffer maintenant. Les Russes sont cuits.