“If you were smart in 1807 you moved to London, if you were smart in 1907 you moved to New York City, and if you are smart in 2007 you move to Asia.”

Jim Rogers

Un article long mais très intéressant sur la situation économique mondiale. L’auteur se penche tout d’abord sur la situation japonaise, qu’il connait bien, avant d’élargir son analyse à la sphère asiatique dans ses multiples connexions.  Enfin le compte-rendu se poursuit sur une vision quasi-cauchemardesque du futur de l’Amérique, puis de celui de l’Europe, ou en tout cas de la France. Oui, Clarence Boddicker donne volontiers dans le catastrophisme et la vulgarité, mais toujours avec humour et une pertinence certaine. En tout cas c’est le genre de lecture qui donne envie d’apprendre le chinois. Quelques passages choisis, après un avant-propos permettant de resituer l’auteur – avant-propos qui est en fait un commentaire de ce dernier à son propre article. Je vous conseille d’ailleurs également la lecture des commentaires qui sont presque aussi instructifs que l’article lui-même.

« L’époque me rend pessimiste, voir cynique sur de nombreuses choses (le repli identitaire, la récupération idéologique et politique, la complexité d’un système sur lequel la plupart d’entre nous ne peuvent avoir de prises, etc) mais pour autant j’estime qu’elle est paradoxalement passionnante cette époque. Bandante même.

La globalisation a multiplié, complexifié le monde, les possibilités, les références, balayé les certitudes, instituant un prisme sans cesse mouvant et elle a fait exploser une donne jadis figée autour d’un cercle de pays (le G7). La modernité nous apporte chaque jour son lot de nouveautés, qu’elles soient technologiques ou culturelles, et derrière cette émulation perpétuelle, ces crises, cette violence ou cette prospérité, ces envies de conquête ou de prédation, c’est l’homme, c’est la vie, c’est l’histoire !« 

Monday Morning

« La Chine veut s’offrir un marché interne de consommation capable d’absorber sa propre production tout en continuant d’être l’usine de fabrication du monde, avant d’atteindre sa propre maturité économique dans la plupart des secteurs d’activités. Une stratégie de très longue haleine et demandant de multiples phases de transitions. La Corée tend à ressembler au Japon des années 80,  autant dans la structure de son appareil de production que dans sa stratégie: Inonder le monde de produits manufacturés avec un excellent rapport qualité/prix. Et le Japon, en amont, tend à vouloir se rapprocher du segment haut de gamme/produit à haute valeur ajouté ou technologiquement en avance, travaillant continuellement la fiabilité et les coûts, dans une philosophie toujours plus proche du Kaizen, une stratégie finalement assez similaire à l’Allemagne, mais avec l’avantage sensible d’avoir une politique culturelle (soft power) valable et très attractive pour le placement de ses produits et plus loin son économie. »

« C’est grâce à une sphère de confluence asiatique qu’en plus de ses armes, et de groupes bien renfloués, le Japon a toutes ses chances. Sa proximité avec la Chine, avec qui il a su nouer des relations de plus en plus importantes (La chine a fait du Japon son premier partenaire économique, et la réciproque l’est autant), malgré le passif historique chargé, joue en sa faveur. Et les chinois ont tout intérêt à tirer le Japon par le haut et en faire un allié économique, et politique de premier plan, dans leur volonté de créer une sphère asiatique de co-prospérité durable d’où émergera leur seule puissance, tout autant que le Japon a besoin de fonctionner en couple avec un allié fort, moteur nécessaire à son économie. Un rapprochement tactique qui n’est pas pour plaire à Washington, farouchement suspicieux vis-à-vis de Pékin, mais dont il a un grand besoin. La vérité profonde, c’est que personne n’ignore plus que l’Amérique est en profond déclin, et son cancer a violemment été mis en lumière avec la crise des subprimes. Et cette position de bête blessée, qui nécessite d’être aidé et “supporté” autant en douceur qu’en profondeur, est dangereuse pour les nippons. Car face à l’intransigeance chinoise (et la difficulté de manoeuvrer avec un modèle politique/économique/militaire qu’ils connaissent mal), les américains, tout à leur modèle agressif, accentueront davantage leurs attaques sur un allié réputé fidèle hier, et désormais proche de leur pire ennemi, afin de le maintenir acquis à leur cause. Dans une logique de leurre utile, les campagnes de dénigrement anti-Japon ne font que commencer… Pourtant, tel le bambou qui plie dans la tempête mais ne rompt pas, le Japon sait qu’il peut demain jouer un rôle délicat de tampon dans une zone pacifique qui verra les velléités géopolitiques, militaires et commerciales s’affirmer, mais qui en feront le véritable pôle d’intérêt mondial au détriment de la zone d’échange atlantique, avec en point d’orgue la quête pour chacun des acteurs d’un approvisionnement en ressources énergétiques sécurisé. Un positionnement crucial diplomatiquement, qui en font d’ores et déjà le partenaire privilégié des deux plus importantes puissances du monde. Enfin doté du marché asiatique le plus mature, le Japon reste solidement adossé à une industrie réactive et dominante sur certains secteurs qui en feront toujours l’un des leaders de l’asie, une position qui lui permettra de profiter à plein de la croissance chinoise sans avoir à chercher à la concurrencer frontalement, une stratégie bien perçue par l’administration chinoise. »

Shanghaï Express

« Si on peut considérer que l’absence d’informations (dans sa pluralité) peut être nuisible et dangereux, on peut également penser qu’avec une certaine stratégie communicationnelle, auréolée d’un minimum de succès, il soit justement facile de diriger, contrôler, sans avoir à imposer par la force, grâce au ronron diffus du poste de télévision. Et c’est justement là l’intérêt number one au tant décrié comportement moutonnier des nippons. Le Japon parle d’une seule voix, et marche d’un seul corps. C’est un groupe, et bien dirigé, un collectif peut être beaucoup plus redoutable que n’importe quelle individualité, d’où le rôle particulier des mass-media qui peuvent coordonner et servir d’utile porte-voix à une classe dirigeante qui aura toujours préempté et affirmé son rôle à organiser et diriger le groupe nippon (parfois pour le pire, ou la plus parfaite incompétence). Et c’est aussi cette fermeté dans le distinguo qu’ils font de leur identité, et le respect de leurs valeurs (quelles qu’elles soient) qui est assurément un facteur de cohésion supplémentaire à ne pas sous-estimer. Et juger cet ensemble sur des éléments aussi vaseux que la “mixité”, la “tolérance” ou dieu sait quelle connerie dans le genre “l’ouverture au monde”, est d’une pertinence inutile. Lisez Gustave Le Bon et apprenez de Goebbels. »

Eat the Rich

« Avec une économie quasiment en ruine, des guerres coûteuses et inutiles, plombant une dette atteignant des sommets abyssaux dus à une stratégie de quantitative easing plus folle encore (pour information, le passif américain s’élève actuellement à 34702,02 milliards de $ dont 13536 mds sur les crédits à la consommation et l’immobilier hypothécaire -wahou-, et presque plus de 10000 mds d’endettement public – Source Federal Reserve 11 March 2010), les USA doivent faire face non seulement à un endettement de leur secteur public devenu incontrôlable mais gérer également un endettement monstrueux de la sphère privée qui cherche à se défausser sur le précédent. Le pays est en profonde récession, et tous les indicateurs sont dans le rouge, une situation dont on ne revient pas sans une balance commerciale viable. Hors, tout le système américain repose sur la consommation, et le financement de celle-ci s’effectue par la captation des flux financiers mondiaux, un modèle qui s’explique par le fait que l’amérique a su imposer sa monnaie comme référence internationale et veille jalousement à préserver ce standard si particulier. Un monopole de plus en plus contesté et qui s’érode inexorablement avec la chute de l’empire américain. […] Car question dette souveraine + économie merdique + stratégies foireuses, là, c’est plus le volcan, c’est définitivement LA nouvelle superproduction de Roland Emmerich. Alors en attendant la catastrophe, qui peut tout aussi bien ne pas venir ou ne pas se faire comme prévue (guerre, nationalisation, défaut de paiement, etc), tout le monde cherche à se rassurer (et à rassurer ses électeurs en priorité), montrant du doigt la situation chez l’autre “Ah putain, t’as vu sa dette !”, alors que la problématique, en plus d’être mondiale, est parfois insoutenable à l’intérieur de ses propres frontières, mais c’est bien connu, c’est toujours pire chez le voisin. Pourtant, il se murmure un jour où l’autre que l’hyperinflation montrera le bout de son nez en Amérique, quand on reprendra avec vigueur les taux. Avec toute la violence que ça représentera pour l’américain moyen, et les autres d’ailleurs. Imaginez-vous perdre plus de 30 % de votre pouvoir d’achat. Comme ça, d’un coup de baguette magique. Et devoir payer avec des brouettes d’une monnaie sans valeur. Remember la république de Weimar.

Wesh bitch, bien ou bien ?

Et si vous croyez sincèrement que c’est le secteur de la finance, dernière industrie encore sur ses jambes (merci qui ?) avec les militaires (tiens, tiens), et des banques hautement philanthropes comme Goldman Sachs qui vont tendre la main, vous pouvez vous foutre les doigts au fond des yeux. Ils installent déjà leur bureaux à Shanghai, Hong Kong ou Singapour.

Pas de doute qu’ils laisseront crever leur propre peuple et leur économie, laissant exsangue une société qui parviendra à des niveaux d’une violence digne de Robocop II. Et quand il faudra stopper l’hallali, alors ils s’occuperont à légiférer pour obtenir une société qu’ils mettront en coupe, entre privations de libertés et embrigadement militaire, pour la nettoyer qu’ils diront, à grands coups de patriotisme, un patriotisme qui aura des relents de haine et de revanche, et les gens diront AMEN, tellement qu’ils crèveront de peur et de trouille. Le retour du fascisme quoi. Aux pays de la liberté, du 4ème amendement, de Jack Kerouac et de la route 66. Merci à toi Barack Obama. T’auras permis tout ça en presque un mandat. Deux, et tu seras canonisé !

Hope qu’il disait… La désillusion sera à la hauteur du slogan. En même temps, comment lui en vouloir, il hérite d’une situation, et il ne sait même pas ce qu’il fait. Mais d’autres savent hélas. »

My Precious

« Mamadou : Et la France ?

Clarence : La France ?

Sébastien : Bah ouais, la France quoi !

Clarence : Vas-y garde-la ta France, elle pue la défaite, comme ton équipe nationale. Ou ton Rafale, ou tes centrales nucléaires (encore que, y’a moyen de récupérer de la technologie à pas cher, demain, on brade), ou ton président. Y’a encore que les gros du CAC40 et quelques autres qui auront des choses à faire et si tu crois que ça profitera à la majorité ou toi, dans un élan de solidarité, tu te goures. Le reste…  Adossé aux américains, et donc au gouffre (je te parle d’Europe ? Tu t’amuseras encore avec la notion de solidarité), ta France va vivre une période économique noire. Et il va falloir manger le pain qui va avec. Même si le déclin sera en pente douce comparé au darwinisme économique régnant au pays des armes à feu du grand John Wayne. Par contre, adieu Sécu, retraites, minima sociaux et bonjour aux restrictions budgétaires qui vont nous permettre de passer pour plus crevard que des pakistanais. Ou des grecs pour faire plus près. Et pendant ce temps, ta France va se vendre comme une putain de luxe, fier de son « exception culturelle », mais la vérité, c’est que personne voudra d’elle, si ce n’est sa camelote de luxe (LVMH tout ça) et son image de “bien vivre à la Française” avec une majuscule (bouffe, pinard, camembert, mode, art de vivre, Amélie Poulain – qu’on conservera un minimum non-halal, faut pas déconner quand même). Une rente héritée qui lui permettra de garder un minimum d’apparat, histoire de briller, mais glissant chaque année un peu plus bas dans le gotha de ceux qui feront l’actualité. Mais rassurez-vous, personne ne lui dira, par charité et décence. La France, une image qu’on voudrait éternelle, entre bluff et vérité, mais qu’en véritable has-been, elle tâchera de fourguer du mieux qu’elle pourra, et plus particulièrement aux Chinois. Des chinois nouveaux riches qu’on retrouvera voyageant en goguette, en train de visiter un Paris de Disneyland, histoire d’acheter un immeuble haussmanien et d’admirer les gambettes du Crazy Horse. Paris sera toujours Paris, qu’on chantera au Lido ou aux Folies Bergères, alors apprend à le prononcer à l’anglaise, ouais entraine-toi, parce que les riches petites chinoises en raffoleront. Et pour parachever le style, et te présenter au mieux, tu vas devoir te trouver un déguisement de titi parisien façon Gavroche des Misérables. T’as vu le film de Jean Yanne, “Les Chinois à Paris” ? Bah voilà, t’as tout compris, les nouaches aux Galeries Lafayettes, et à leurs bras, des françaises, toutes contentes de pouvoir se payer à manger. Déjà que la plupart des Chinois rachètent tes cafés-tabac, et tes pharmacies, alors demain, je te garanti qu’ils te vendront même ta baguette !

La théologie du tiers-monde prolétaire et de l’exploiteur quoi. Et celui-là, il est d’obédience communiste, l’oublie pas !

Et on s’en contentera entre deux plaintes d’aigri au café, où Wong te regardera avec mépris, mais à qui tu continueras d’acheter tes cigarettes de contrebande  chinoises à 5 € vu qu’officiellement, le prix sera de 12 € à cause de la TVA et de la taxe solidarité comme on l’appelle, pendant qu’à la télé, se pavaneront  les intellectuels BHL-like avec médaille ou ruban typique de la légion d’honneur autour du cou, et qui te diront tout pleins de belles choses sur la magnifique culture Chinoise, ouais envolées les histoires de Tibet et de droits de l’Homme, mais faudra comprendre: Qui paie le chèque qui remplit le frigo ? Ah ça, on aimera encore débattre chez nous, et refaire le monde. Des palabres la plupart du temps, qui auront du mal à planquer la misère, la paupérisation générale, les émeutes quotidiennes, la violence, la précarité, les grèves, le manque de moyens criant famine et les coquillettes  parfumées à la margarine LIDL (forcément, le fric se sera évadé à Singapour). Bienvenue dans la débrouille napolitaine mec !

Ah ça, on sera sûrement raciste des Chinois en France. Raciste de tout ce qui va réussir en fait.  Parce qu’il y en aura, des gens qui vont réussir dans l’hexagone, et de toutes les couleurs encore. Et la misère va se révéler un business juteux, autant que le communautarisme ou le sécuritaire. Ah les François de souche n’en finiront pas de chialer, mais il faut faire de la place pour tout le monde, c’est ça d’avoir voulu la jouer “humanitaire”. Sûr que vous pourrez vous regarder avec dignité dans le miroir, tellement le mensonge est beau. Seulement, c’est pas ce souvenir qui remplira la gamelle, et empêchera la revanche du tiers-monde dans un putain de bordel ethnique, alors prie, oui prie, pour que ton petit monde ne se transforme pas en Sarajevo bis. Car le modèle suprême, tout à sa prospérité insolente, et sa force légitime, il sera Chinois. Ou jaune, forcément. De toutes façons, les Français savent pas faire la différence, et tout ce qui est prospère est forcément une insulte pleine d’insolence faite à leur condition. Par contre, fais moi confiance, les français sauront reconnaitre des Yuans, vu que ce sera toujours meilleur que l’Euro, quand l’Allemagne nous aura quitté pour la jouer en solo. Ouais, pour les Yuans, crois-moi qu’ils auront l’œil. Parce qu’on a beau être raciste, on sait être servile en France. »

Sir? Your cab is here.

Le blog personnel de l’auteur (Clarence Boddicker’s nasty diary) est bien entendu hautement recommandable – toutes les photos de ce post en sont d’ailleurs tirées.