– Bonjour les enfants comment ça v… mais ? Mais qu’est-ce que c’est que cette tenue ? La St Patrick est terminée depuis belle lurette vous savez. En plus vous êtes bien trop jeunes pour boire de la Guinness. Je vous conseille d’en rester à la Kilkenny, pour le moment, c’est bien assez fort pour vous.

– Mais non c’est pour la coupe du monde, monsieur.

– Quoi, vous voulez dire que vous soutenez l’Irlande ? Mais en plus ils sont pas même pas qualifiés je vous rappelle.

– Mais non monsieur, c’est le Nigéria.

– Le Nigéria ? Vous vous foutez de ma gueule, là ? Le Nigéria a-t-il même une seule marque de bière qui se respecte, hein ?

– Ben y a la Sona, l’Étincelant, la Dallao…

– Dis-donc mon petit Bandele tu m’a l’air bien au courant. Tu veux nous faire un exposé pour le prochain cours ? Avec travaux pratiques ?

– Oh non monsieur, déjà la dernière fois pour mon exposé sur le whisky mon père il était pas content vous lui avez vidé toutes ses bouteilles.

– Ah oui, oui c’est vrai, l’était fameux son whisky, faut toujours qu’il me présente son fournisseur, d’ailleurs. Bon, c’est pas tout ça mais le temps passe et je n’ai toujours pas commencé mon cours de gaëlique. Alors on répète après moi : « Cén chaoi a bhfuil tú ? » et on fait bien attention aux accents toniques… Non Uamaï j’ai pas dit Gin-tonic.  Ahlala, on a du retard, vous ne serez jamais prêts pour la fête du Samhain, j’en ai bien peur. Il faudrait qu’on prolonge un peu les leçons… Qu’est ce que vous avez après, comme cours ?

– C’est cours de sumo, monsieur, et après on a physique quantique.

– Ah oui. Bon je ne voudrais pas vous priver de votre cours de sumo, le sport c’est important pour la santé, surtout à votre âge. Par contre la physique quantique, pfff… à mon avis ça ne sert pas à grand-chose. Beaucoup de théorie, peu d’applications. Du vent, quoi ! Tandis que le gaëlique ! Le gaëlique ! Gaeilge ! Gaeilge !

– Monsieur, on peut faire cours dehors ?

– Non ! Je vous ai déjà dit qu’en cours de gaëlique nous étions en Terre Celte. Faites abstraction de  cette fenêtre, du grand soleil et de l’air étouffant. Dehors il pleut, ça pue la merde de mouton et le vomi d’alcoolique. Alors qu’à l’intérieur il fait bon, ça sent la côte d’agneau braisée et une Guinness fraîchement tirée nous attend sur la table.

– Monsieur, vous êtes déjà allé en Irlande ?

Jamais. Mais c’est mon rêve depuis que j’ai lu Joyce. Au fait vous en êtes où de l’étude sur l’étymologie comparée dans Finnegans Wake que je vous ai demandé de me rédiger ? Vous prenez votre temps j’ai l’impression.

– C’est bientôt fini, monsieur. On bute un peu sur les tournures suédoises de certains calembours.

– Ah oui. Et faites bien attention à dégager toute la réthorique morale de l’œuvre en distinguant les champs lexicaux du Bien et du Mal. Non Mamadou, j’ai pas dit malt.