Extrait d’une interview de John Robb (traduction bibi), auteur de Brave New War et consultant militaire. Ses théories sur la nature changeante de la conduite de la guerre moderne développées sur son blog l’ont conduit à donner des conférences auprès des instances officielles américaines (DoD, CIA, NSA…) mais également au siège du MEND (the Movement for the Emancipation of the Niger Delta) où il fut invité par Henry Okah, leader du mouvement insurgé et ardent lecteur de son blog.
Les campagnes armées du MEND contre Shell (la compagnie pétrolière) et le gouvernement nigérian entre 2006 et 2008 sont selon Robb un excellent exemple de la forme qu’ont pris les guerres au 21ème siècle. La structure du mouvement est souple et multiple, beaucoup de petits groupes autonomes se rassemblant ponctuellement pour porter des attaques sur des points vulnérables de l’infrastructure pétrolière du pays.

Les groupes insurgés modernes utilisent des modèles d’organisation souples et non-structurés et profitent de l’accessibilité aux réseaux d’information et de communication pour lancer des offensives très ciblées qui provoquent des effets en cascade et tiennent en échec des ennemis bien plus puissants qu’eux.

La plupart des travaux de John Robb sont disponibles sur son blog, Global Guerrillas.

Son livre Brave New War est en vente sur Amazon.

Les États-Unis souffrent à la fois du déclin économique de leur industrie et du démantèlement de la couverture sociale protégeant les citoyens. À votre avis cela va-t-il inévitablement nous diriger vers une forme de  conflit armé en Amérique ?

Oui. L’établissement d’un système économique global à la fois extrêmement agressif et profondément instable – et surtout hors du contrôle de tout groupe de nations – est en train de dissoudre la démocratie. Pensez à la crise de 2008. Tout ce que l’on considère acquis dans le monde développé, que ce soit le mode de vie des classes moyennes ou la couverture sociale, aura pratiquement disparu dans moins d’une décennie. La plupart des gouvernements des pays développés vont faire faillite. La démocratie telle que nous la connaissons se flétrira et la bureaucratie d’état deviendra de plus en plus la garante du marché financier global et des multinationales kleptocrates. Pensez à l’Argentine, à la Grèce, à l’Espagne, à l’Islande, etc. En conséquence de quoi, la légitimité de la démocratie dans les pays développés va se flétrir et un sentiment de trahison va s’installer (pensez à l’effondrement de l’Union Soviétique). Les gens vont commencer à déplacer leur confiance à tout groupe qui pourra leur assurer leurs besoins journaliers. Ces groupes seront souvent de nature criminelle : gangs et milices soutenant des révoltes locales, ou de nature corporatif. On verra de plus en plus d’affrontements entre gangs locaux et agents de multinationales (sécurité des biens privés et des personnes, escorte de convois). Mais il existera également des groupements pacifiques – quoique armés et capables de se défendre – ce sont les communautés résilientes.

Prévoyez-vous un rôle diminué de l’état dans la gouvernance à grande échelle ? Cela enjoint-il les communautés à assumer elles-même ce rôle ?

Oui, la gouvernance à grande échelle va disparaître. Non seulement presque tous les gouvernements sont financièrement insolvables, mais ils ne peuvent protéger les citoyens d’un système global qui écrase tout. À mesure que les services et la sécurité assurés par les gouvernements vont disparaître, des sources locales d’ordre vont émerger pour combler le vide. Espérons que la plupart des gens choisiront de prendre le contrôle de ce processus en se regroupant pour bâtir des communautés durables et indépendantes qui pourront leur fournir la sécurité et la prospérité que les états-nations seront incapables d’assurer plus longtemps. Mais c’est quelque chose qu’il faudra construire soi-même. Personne ne vous aidera à le bâtir.

De quelle manière les nouvelles méthodes de combat et de terrorisme sont instructives pour mettre en place des stratégies de résilience ?

Voilà quelques parallèles :

* Le pouvoir des technologies. Des outils peu coûteux qui permettent de produire localement ce qui était auparavant produit dans une économie globale.

* Réseaux. La capacité de partager des idées avec des centaines de milliers de personnes confrontées aux mêmes problèmes via des sites de discussion ouverts à tous. La capacité de créer de nouveaux réseaux économiques qui augmentent la prospérité.

Vous êtes en train d’écrire un livre sur la résilience locale. Quels sont les principaux motifs qui vous ont pousser à vous intéresser à ce phénomène de résilience ?

Oui, j’écris en ce moment sur les communautés résilientes. Communautés qui assurent l’indépendance énergétique, la sécurité alimentaire, la prospérité économique et la sécurité physique. Quels sont les motifs globaux qui font de la résilience communautaire une donnée importante du futur ? Simplement : la stabilité, la prospérité et la sécurité sont en train de disparaître. Vous vous rendrez bientôt compte, si ce n’est pas déjà fait, que vous êtes livré à vous-même. Si vous ne faites rien, vous deviendrez la proie des gangs, des milices et des bureaucraties corrompues qui occuperont le champ laissé vide par le retrait des états-nations. Si vous voulez éviter cela, vous pouvez bâtir des communautés durables et résilientes qui non seulement vous permettront à vous et à votre famille de survivre, mais aussi de prospérer. Mon but, avec ce nouveau livre, est de fournir une feuille de route pour construire une communauté résiliente en partant de zéro.

Quel est le message principal que vous donnez aux communautés se préparant pour les temps à venir ?

Produisez tout ce que vous pouvez localement. Virtualisez tout le reste. La valeur de votre chez-vous sera basé sur la capacité de votre communauté à fournir indépendance énergétique, sécurité alimentaire, vitalité économique et protection physique. Stocks de biens de survie et frugalité extrême sont des voies sûres pour l’échec. Vous devez penser en terme d’économies locales dynamiques qui sont productives, efficaces et prospères.