– Ah, les voilà qui arrivent. Hep ! Les mecs ! Wouhou ! Ého ! On est là ! … Dites-moi Choi, ils sont en train de m’ignorer là ou quoi ?

– Je crois surtout qu’ils redoutent de vous faire face après leur misérable prestation dans les terres africaines, Vénérable Sélectionneur des Champions du Monde de Socialisme.

– Ah ça oui, ils ont du souci à se faire. Alors les gars ? Déjà de retour ? On vous attendait pas si tôt, hmmmm ? Alors quoi, vous dites rien ? Ils vous ont bouffé la langue ?

– Nous implorons votre pardon pour n’avoir pas su faire honneur au maillot nordcoréen et porter l’équipe nationale en laquelle vous aviez pourtant placé votre confiance vers la victoire pour assurer à notre pays la gloire et l’admiration qui lui sont dûs, Vaillant Défenseur des Couleurs de la Sainteté.

– Ah ça, vous avez merdé royalement. Vous vous êtes même promptement ridiculisés à la face du monde. Seuls les Français ont réussi à s’humilier de manière plus lamentable que vous ne l’avez fait. D’ailleurs si vous étiez un peu plus bronzés je vous vendrais tous à la Fédération Française de Football, tiens. Jong-Hun, je ne vous cache pas qu’en tant qu’entraîneur vous portez sur vos épaules l’essentiel du poids de la défaite. J’espère que vous avez une explication convaincante pour justifier cet échec.

– Tous nos efforts n’ont pas suffi pour vaincre nos adversaires. Malgré notre entraînement rigoureux, il nous a été impossible de pourvoir par notre combativité à l’habileté  naturelle des joueurs composant les équipes de ce très justement nommé groupe de la mort, Ardent Tacticien aux Pieds Ailés.

– Groupe de la mort, groupe de la mort… Je vous ferais remarquer que les Brésiliens ce ne sont après tout qu’une bande de sauvages à peine sortis de leur jungle. S’ils jouent si bien avec leurs pieds c’est qu’ils ne font pas vraiment la différence avec leurs mains, n’est-ce pas ? Enfin bon, mettons que sur ce match vous avez fait preuve de pugnacité et, malgré votre défaite, vous avez su vous en sortir la tête en haute sur un score honorable. Maintenant j’aimerais qu’on m’explique cette débâcle face au Portugal. 7-0 ! C’était quoi le problème ? Les odeurs de friture et de poil mouillé ? L’ignominie bigarrée de leurs maillots ? Choe, une idée ?

– C’est une équipe bien cimentée, Vertueux Calife des Stades, nous nous sommes heurtés à un véritable mur.

– Cessez de faire de l’esprit, Choe, cela vous va aussi bien qu’une salopette à un cul-de-jatte, et dites-moi  plutôt ce qui me retient de vous faire greffer des parpaings à la place des pieds ?

– C’est qu’il nous reste encore un match à disputer, Inassouvible Désir Méthémérin. Nous devons retourner en Afrique du Sud et sauver l’honneur nord-coréen !

– Tout à fait, tout à fait, d’ailleurs vous allez remonter fissa dans l’avion et retourner là-bas pour vous préparer. Vous me direz qu’on aurait pu avoir cette petite entrevue par vidéoconférence mais je préférais vous avoir en face de moi pour vous engueuler, et puis je ne vous cache pas que j’hésite encore à envoyer notre groupe national de K-pop jouer à votre place. Elles pourraient difficilement se débrouiller plus mal que vous et assureraient certainement le spectacle, surtout maintenant qu’elles portent leurs nouveaux costumes que j’ai moi même dessiné et qui leur laisse une liberté de mouvement jusqu’ici jamais vue dans le monde du football. Je ne vous dis que cela. Enfin bref. Won, vous avez quelque chose à dire ?

– Faites-nous confiance, Arbitre Impartial des Tournois Cosmiques, nous vaincrons sans coup férir ces insignifiants Ivoiriens.

– Ah oui Won, tiens, vous faites bien de vous rappeler à moi, j’ai failli oublier. Il paraît que vous et Hyok vous avez demandé l’asile politique à droite à gauche, sans trop y regarder, déshonorant par là un peu plus votre pays et accréditant les rumeurs de censure et d’oppression qui entachent injustement notre réputation à l’international. Franchement les gars, le Zimbabwe ? Ne me dites pas que ce con de Mugabe vous a tapé dans l’œil ? Ce type n’a absolument aucun style. Il vous a promis un salaire en trillions de dollars zimbabwéens, c’est ça ? Vous devriez vous méfier. En tout cas je ne suis pas fier de vous, pas du tout. Mais bon, pour vous prouver ma bienveillance j’ai décidé d’accéder à vos désirs : nous vous avons réservé deux chambres en asile pénitentiaire. Vous y serez admis dès votre retour.

– Votre mansuétude nous touche, Généreux Attendrisseur des Crampes les Plus Douloureuses.

– Bon allez, retournez donc là-bas et tâchez de faire oublier vos turpitudes durant le prochain match. Sinon vous allez tous regretter d’avoir quitté l’usine pour vous mettre au football, c’est moi qui vous le dit. C’est pas comme si vous aviez eu le choix, je sais, mais il me fallait bien une équipe pour espérer renouveler l’exploit de 66. Remarquez, à vous voir si apathiques sur le terrain, constamment vautrés dans l’herbe, on se dit que vous n’avez retenu de 66 que les débuts du mouvement hippie. Pas vrai ? Allez déguerpissez avant que je ne change d’avis et que je charge quelques paysans sortis du goulag le plus proche d’aller disputer le match à votre place. Et marquez des buts, bordel de moi !