Par Clarence Boddicker, en commentaire à son article Café Picouly qu’il faut sans doute mieux avoir lu avant de s’envoyer le jovial pavé ci-dessous (ou pas après tout, le texte qui suit se suffit bien à lui-même et c’est pour ça qu’il est là). Pour ma part, je n’ai qu’une seule question : y a-t-il échange de maillots à la fin du match ?

Résumé du match actuel

Actuellement, la situation de l’équipe européenne est véritablement dramatique. Le joueur Grec, qui joue ce soir en défense, est à la rue. Tout ça parce qu’il a menti sur son CV, et qu’il affiche des carences structurelles qui sautent aux yeux, et que les capacités de ses poumons économiques sont clairement minables. Il en chie méchamment sur le terrain.

Et le rapport médical de sa médiocrité a été violemment mis en lumière par la crise, un docteur impassible et intransigeant. L’équipe Europe qui l’a recruté s’en mord les doigts, car on avait fait le cruel pari de penser qu’au contact de bons joueurs, ses défauts se gommeraient avec le collectif. Aujourd’hui, au regard de ses performances, le staff au complet regarde avec fébrilité le reste du banc de touche: Un portugais, un espagnol, un irlandais…

Déjà avertis et sanctionné par les avertissements des agences de notation (le quatuor d’arbitres du match), le joueur grec s’est vu devenir une cible de choix pour les attaquants d’en face, parce qu’il permettait à travers ses nombreux défauts de tester et d’attaquer la valeur de l’eurozone et de ses principaux indices. Là, c’est clair, le signal, c’est droit au but !

Mais au fond, en attaquant du côté du joueur grec, c’était le capital but de l’Allemagne qu’on entamait, et c’est au fond toute la mécanique de l’équipe qui en pâtirait. Et là, les marchés ont marqué des buts. Menant largement au score. Depuis les tribunes, Gert Muller enrage.

Pour éviter la situation de faillite, autrement dit la défaite, le Grec a clairement besoin de se doper pour tenir. Et pour ça, il doit se fournir en liquidités auprès des marchés, en promettant que sa restructuration prochaine pourra payer les intérêts, tout en respectant les délais inexorables et de plus en plus courts réclamés par ses dealers. Or ses besoins en came s’avèrent chaque jour plus gigantesques. Et les dealers du marchés sont soumis à l’aversion au risque: moins le camé est solvable, et cumule les problèmes et les handicaps pour payer et rembourser, plus le choix de lui filer la schnouff se révèle difficile, voire indélicat. Alors plus l’évidence d’une faillite par overdose se rapproche, plus ce choix se révèle négatif. Seuls restent les dealers les moins scrupuleux, prêt à prendre ce risque, qu’ils compensent par des taux usuraires élevés, mais ils exigent pour cela une caution solide en plus de la rolex allemande.

En caution, l’union européenne et le FMI ont décidé d’apporter à notre drogué quelques 110 Milliards d’euros d’aides diverses, principalement en méthadone et subutex (et de la coke quand même histoire de le stimuler). Pour trouver cette came, on fait de nouveau appel aux dealers principaux: Les marchés. On décide donc d’augmenter nos propres déficits, d’emprunter de l’argent dont les intérêt seront remboursé par NOS contribuables, pour en donner à un état malade au bord de l’insolvabilité (qui ne va tarder à y arriver malgré tout, révélant la stupidité patente de l’action), et tout ça pour lui permettre de rembourser simplement ses intérêts et garantir les avoirs détenus dans ce pays par des secteurs essentiellement privés (le socialisme au secours des riches, on appréciera ou pas).

Et plus sérieusement, cette situation va forcément NOUS conduire à payer pour l’Espagne, pour le Portugal (imaginez les montants), etc, etc, alourdissant d’autant la dette d’une zone Euro déjà fortement grevé par les propres efforts de nos gouvernements pour soutenir leurs industries face à la crise. Clair que nos indices boursiers vont dégueuler et qu’on subira de plus en plus intensément la compétitivité de zones devenues redoutables (la zone Asie tiens).

En gros, en plongeant pour aider le malheureux grec, qui tient la main d’un espagnol, lui même tenant un portugais, un irlandais and so on, tout ce petit monde étant en train de se noyer, on risque tout simplement de se noyer à notre tour, où au mieux, d’arriver à se maintenir avec difficultés à la surface.

C’est ça, de la jouer collectif. Tout le monde perd ensemble.

Et quand on prend le bouillon, tout le monde boit la tasse.

Mais là, c’est pas simplement un match de foot.

Le prix de cette incurie va nous coûter très cher et très probablement ruiner l’ensemble de la saison. Et celle-ci risque d’être très longue. Bientôt, c’est la Chine qu’on va rencontrer, et cette équipe impitoyable ne pardonnera rien. Les parieurs nous annoncent à 10/1.

Alors faisons le constat inverse:

Et si les pays européens structurellement plus solides (France et Allemagne en tête) avaient choisi de ne pas faire jouer la solidarité, mais accepté d’inévitables pertes pour une partie de leur secteur privé (avec les conséquences inopportunes qui vont avec) et resserré le cadre exclusif d’une alliance opportune, que ce serait-il passé ?

Bon, il est indéniable que l’idée aurait fait grincer plus que des dents et l’affaire est compliquée. Sans parler que ça aurait tangué chez les dealers, particulièrement ceux des pays « lâchés ». Et puis les autres joueurs aux performances en dents de scie aurait menacé de représailles le club, aidé en cela par des avocats de la cause publique. Peut être même que les supporters des joueurs y auraient été de leurs menaces, aux cris d’infamie. Sans parler de la perte de joueurs, certes médiocres, mais qui auraient affaibli certains postes industriels laissés sans remplaçants. Il faudrait encaisser une baisse des spectateurs, la grogne des investisseurs lésés, et de gros problèmes dans la structure même du club. Moins de bureaucrates, et tutti quanti. La bonne vieille logique de pertes et profits quoi.

Mais si on montre du courage ou ses couilles pour affronter l’avenir, et agir en profondeur, premièrement, on aurait alors viré le joueur Grec de l’équipe EURO. Il est inévitable qu’une fois sorti de l’équipe, le Grec est mort économiquement, et envolé le crédit international, mais avec ça au moins, plus de problème de dopage. Par contre, c’est le retour à l’âge de pierre pour lui, l’entrainement pied nus sur un terrain digne d’un bidonville africain et son RSA de chômeur lui est versé en Drachme. Autant dire pas grand chose. Désormais son avenir est entre ses pieds: A lui de se muscler, et de rebondir avec ses moyens pour espérer faire un jour comme le joueur Coréen.

Donné pour mort en 1998, celui-ci a réussi à revenir dans la partie et désormais, tous les meilleurs clubs lui font les yeux doux. Mais ça s’est pas fait sans sacrifices…

Et puis honnêtement, le joueur Grec, WHO GIVES A SHIT ?

Après, l’épuration (oui je sais, le terme est horrible) passe par la vidange du portugais (pardon Lucia), l’espagnol et la surveillance drastique des autres, avec menace de licenciement à la clé si les résultats suivent pas.

La belle idée du collectif en prend un coup, c’est sûr. Mais ça donne des résultats: l’équipe Europe redevient compétitive, resserrée autour de son charismatique joueur allemand, Angelo Merkel. Elle est plus riche (l’euro s’envole. Je sais, ça a aussi son petit côté désagréable quand on veut vendre ses tickets à l’étranger), et mieux armée face à la concurrence, désormais, elle attire même des sponsors qui souhaitent investir dans le club, et veulent apporter leur contribution pour rénover son stade qui a un peu perdu de son lustre. Sur le gazon, les joueurs couvrent moins de terrain, mais ils ont appris à muscler leur jeu en améliorer leurs capacités structurelles, en s’inscrivant à développer leurs qualités, et en travaillant davantage sur le fond de jeu. De plus, moins alourdis fiscalement, les joueurs, qui ont accepté des salaires plus faibles, et une retraite moins généreuse, ont retrouvé le goût de l’effort. Mais tout ça est obtenu sous la férule d’un entraineur féroce, et pas sans sacrifices de l’ensemble de l’équipe. Certains ont des qualités naturelles, et un passif utile pour passer ce recadrage violent, d’autres non, mais une fois digéré l’entrainement à l’italienne, les résultats semblent encourageant. De toutes façons, la déchéance du joueur grec, mendiant à la porte du club et pris en exemple par le coach pour motiver ses troupes, fouette l’égo comme pas deux.

On se remet de nouveau à parier sur elle à l’avenir. Elle a ses chances dit-on dans les milieux. Et puis, fini le dopage. Retour à une rigueur budgétaire plus « clean ». La crise est passé, les joueurs sont confiants…

Mais bon, je raconte des conneries hein, et je rêve tout debout ! Ça n’arrivera probablement jamais. Mais j’aurai été président de club, et c’est ainsi que j’aurai agi.

Car là, on vient d’annoncer que l’équipe européenne avait prolongé le joueur Grec, et filé un complément de salaire pour ses performances pourtant décriées. On murmure même que les autres joueurs remplaçants (clairement handicapés pour certains) vont bientôt obtenir le même traitement.

Le déficit du club est de plus en plus patent, les supporteurs doivent maintenant mettre la main à la poche, alors qu’on murmure qu’ils vont probablement jouer en division inférieure d’ici peu.

Ah si, il se dit aussi que le joueur allemand, lassé des contre-performances minables de ces coéquipiers et des critiques internes sur ses qualités d’attaquant, alors qu’il est l’un des rares à encore payer sa cotisation de licencié, pourrait être amené à changer de club pendant l’intersaison. Il rejoindrait peut être le Bayern de son coeur, qui joue chaque année en Champion’s league…

– Clarence Boddicker, journaliste à l’Équipe.