« La grande activité de nos belles sociétés contemporaines, modernes, propres sur elles et civilisées semble être d’enterrer le merdier qui les fonde et qu’elles créent sous un monceau d’âneries consternantes mais immaculées, de cacher les névroses personnelles, les délires violents autoritaires sous le tapis de la salle à manger bourgeoise, de maquiller la sale gueule d’une époque dévastée sous le fard des discours démocrates, droit-de-l’hommistes, politiquement corrects, de repeindre nos croûtes infectées d’un verni satiné aux teintes roses et bleutées, de masquer les odeurs de vomi d’une société malade à renfort de sent-bon méphitique pour chargés de communication et publicitaires décérébrés. La grande activité du monde d’aujourd’hui est de tuer la vie chez les hommes que nous sommes et qui ne demandent en somme qu’à sentir, respirer et aimer. La grande activité, aujourd’hui, c’est de tuer l’amour. Résister c’est aller, d’une façon ou d’une autre, à l’encontre de ce crime. »

La grande activité de Jean-Louis Costes, donc, dans l’ensemble de sa vie et l’ensemble de son œuvre – livres, disques, vidéos, performances – consiste tout au contraire à exhumer la merde du fond de nos égouts, à brandir les cadavres pourris cachés dans les placards de la démocratie bonne conscience, à presser dans ses doigts le mélange de caca et de tripes qui fonde n’importe quel corps, dans l’espoir confus et éperdu de trouver au fond de ce merdier une ultime pépite d’or, une dernière trace d’amour et d’authenticité qui pourrait, à elle seule, nous rendre supportable l’idée même de survivre et de continuer.