Donc pour les veinards n’habitant pas en France, je vous rappel que c’est un peu la merde en ce moment, au delà du malaise sociale et économique persistant. Nous sommes ces derniers jours en pleine grève relativement importante, qui peut-être débouchera sur des mouvements de longues durées.

Moi perso je m’en balance, la France coule, les français sont maître à bords, et je quitterai bien ce navire un jour ou l’autre. Avant que la France m’attire à nouveau, il faudra qu’elle dépasse ses idéologies extrémistes à gauche comme à droite, qu’elle apprenne le pragmatisme, qu’elle soigne ses névroses, et surtout… putain qu’elle apprenne à se retrousser les manches.

Mais je m’égare. Revenons à nos moutons. Aujourd’hui je suis allez chercher de l’essence, parce que ça fait déjà plusieurs jours que la livraisons aux stations est stoppée, et que j’étais quasi à sec. J’arrive à ma station habituelle. Fermée, cuves vides. Ah.

Je me dirige vers une grande surface (mega surface même), et là… une file de voiture débordant presque sur la route principale d’accès, et des panneaux annonçant le rationnement de l’essence: 23EUR par personnes max. Je m’engage dans la file, et comme j’ai attendu probablement une demi-heure, j’ai eu le temps de pas mal cogiter.

Mes pensées en vrac (certaines déjà abordés dans des postes précédents):

– putain j’ai jamais connu de ma vie une période de manque, que ce soit de bouf, d’essence, d’électricité, d’eau… Et notre génération a sacrément du bol, ce qui nous a transformé je pense en des grosses fiottes.

– qu’est ce que ça doit être en période de guerre ou de catastrophe naturelle? Ce qui est intéressant c’est qu’en étant assis là dans ma bagnole, je pouvais me projeter plus facilement dans ce genre de scénario qu’assis confortablement à mon bureau dans mon appart tranquille. Et le fait est qu’aujourd’hui, j’ai bien percuté que je serais pas mal en panique.

Pourquoi? Voici ce qui m’est passé par l’esprit, en ordre (à peu près)

– de 1, je suis seul tout en banlieue parisienne. Aucune communauté autour de moi, si sa part en couille totale (cf. apocalypse, guerre civile, anarchie…) je suis véritablement seul. Pas de famille, pas d’amis, pas de connaissance de la région.

– de 2, si ça part en couille même qu’un peu, ma forme physique est au plus bas, je ne sais même plus courir 100 mètre (ni même me défendre physiquement si il faut).

– de 3, et d’un point de vue plus réaliste et pratique, sans essence, je fais quoi sérieusement? Je suis en banlieue parisienne, avec une twingo pourrie d’un autre âge, sur la réserve d’essence. Comment je vais au taf? Comment je vais chopper a bouffer si l’arabe du coin commence a ne plus être livré?

– de 4, retour en mode parano, j’ai pas de guns. Ah merde alors.

Et là, dans ma file, je vois tout d’un coup des gens « biens » (type père et mère de famille) sortir en courant de leur caisse dans la file d’à côté, en gueulant quelque chose à la sécurité qui gérait tout se bordel. Il s’avère que le van à la pompe devant eux remplissait des jerriccanes d’essence, grâce probablement à l’ensemble des cartes de crédit du groupe de gars style gypsy kings (ça fait beaucoup de cartes de crédits).

La sécurité intervient, ça chauffe un peu, et le van se barre après 5min d’engueulade. Bref, voilà quoi ce n’est pas un drame mais ce qui m’a le plus géné était ma réaction et mon processus de pensé. Ce qui m’a traversé l’esprit à ce moment là était de l’ordre suivant: « je suis seul dans un environnement sans pitié, je peux compter sur personne, putain je crois que si je pouvais… je ferai également un gros fuck aux autres et essayerai de contourner les règles… « 

Bref, ça me laisse vraiment de quoi réfléchir sur l’équilibre fragile qui maintient notre société en place…

SURTOUT en France. Je ne ferai pas de comparaison avec d’autres pays, parce que les contres exemples seront faciles à trouver, et je vais encore passé pour un pro-ricain (oops, la comparaison est faite)… mais sérieusement la « Fraternité » française? Laissez moi rire putain, je me sentirai plus en sécurité dans un autre pays (ou même en province) le jour ou tout pétera. Là tout de suite maintenant, je n’ai aucune confiance en mes co-citoyens, et ça m’incite à penser qu’à ma gueule.

Triste sort.

Addendum: jouer à civ me fait d’autant plus réflechir aux questions de pénuries, pétrole etc…