– La voilà, la voilà, la voilà !
– Ok, les gars. Tout le monde à son cor. Ton chapeau, Franz !
– Mais j’l’ai pas il est chez ma mère.
– C’est malin, ça ! Bon tant pis. Dès qu’elle passe le lampadaire on entame Mein Vater war ein Wandersmann, comme prévu. D’accord ?
– Attends, attends, je croyais qu’on allait jouer Alle Jahre wieder, moi.
– Ah mais non ! On a décidé la semaine dernière en séance plénière qu’un chant de Noël au mois de novembre c’était beaucoup trop tôt.
– Ah mais j’étais pas là la semaine dernière. J’avais dentiste. Il faudrait vraiment qu’on fasse rédiger des mémos de nos réunions pour éviter ce genre de désagréments.
– Oui ben là t’es au courant maintenant.
– Le problème c’est que je n’ai pas du tout révisé Mein Vater war ein Wandersmann, moi. On pourrait pas faire un petit Was wollen wir trinken à la place ?
– Une chanson à boire ? Ça va pas ? Je te signale que Franz a à peine 15 ans. Tu veux nous faire arrêter ?
– Eh ben je sais pas alors, pourquoi pas Die Tiroler sind lustig ? Ce serait parfaitement adapté.
– C’est trop tard ! Je connais même pas le début de l’air de Die Tiroler sind lustig. On a décidé qu’on jouerait Mein Vater war ein Wandersmann à l’unanimité moins une voix, c’est donc ça qu’on va jouer. Point.
– D’ailleurs le moins une voix vous rappelle qu’il ne jouera pas autre chose que du Cannibal Corpse.
– Raaah ferme-là Karl !
– Quoi !? Bon si Karl joue ce qu’il a envie de jouer, je vois pas pourquoi je me gênerais. Mein Vater war ein Wandersmann c’est d’un niaiseux.
– Moi je veux faire du Tokio Hotel.
– Ah non Franz, tu vas pas t’y mettre aussi avec ta musique pour jeunes crétins efféminés. Qu’est-ce qui vous prend, tous ? Vous voulez qu’on soit la risée du monde entier ou quoi ?
– De toute façon tu sais Gunther, personne sur Google Maps n’entendra ce qu’on va jouer, alors bon on pourrait aussi bien faire du jazz que ça passerait inaperçu.
– Je… J’abandonne. Faites ce que vous voulez, du kwassa kwassa même si ça vous amuse, je n’en ai plus rien à secouer, moi.
– C’est pas idiot ça, tiens, du jazz. Tu rends ça comment, au cor ?
– Ben… Faut souffler fort, quoi.
– Comme pour le Volkstümliche, en somme.
– Tout comme.
– Oui. Pour Tokio Hotel c’est pareil. Tout est dans le souffle.
– Je dois reconnaître que pour un morceau tel que Mein Vater war ein Wandersmann – morceau que je compte toujours jouer aujourd’hui, ne vous en déplaise ! – il faut pas mal compter sur sa capacité thoracique également.
– Et pour Cannibal Corpse je vous raconte pas.
– Attention, ça y est elle passe. À trois ! 1… 2… 3…