« Avec notre aide, les peuples du Moyen-Orient s’avancent maintenant pour réclamer leur liberté. De Kaboul à Bagdad et à Beyrouth, il y a des hommes et des femmes courageux qui risquent leur vie chaque jour pour les mêmes libertés que nous apprécions. Et elles ont une question pour nous : Avons-nous le courage de faire au Moyen-Orient ce que nos pères et grands-pères ont accompli en Europe et en Asie ? En prenant position avec les chefs et les réformateurs démocratiques, en donnant notre voix aux espoirs des hommes et des femmes décents, nous leur offrons une voix hors du radicalisme. Et nous enrôlons la force la plus puissante pour la paix et la modération au Moyen-Orient : le désir de millions d’être libres. (…) En ce tout début de siècle, l’Amérique rêve au jour où les peuples du Moyen-Orient quitteront le désert du despotisme pour les jardins fertiles de la liberté – et reprendront leur place légitime dans un monde de paix et de prospérité. Nous rêvons au jour où les nations de cette région reconnaitront que leur plus grande ressource n’est pas le pétrole de leur sous-sol – mais le talent et la créativité de leurs populations. Nous rêvons au jour où les mères et les pères de tout le Moyen-Orient verront un avenir d’espoir et d’opportunités pour leurs enfants. Et quand ce beau jour viendra, les nuages de la guerre seront balayés, l’appel du radicalisme diminuera… et nous laisserons à nos enfants un monde meilleur et plus sûr. »

– George W. Bush (11 septembre 2006)

« Le projet de révolution démocratique mondiale peut faire sourire. Mais ce n’est pas totalement sans raison que les néoconservateurs, qui l’ont inspiré, se targuent d’avoir contribué, sous le deuxième mandat de M. Reagan, à la démocratisation en Asie, en Amérique latine et en Europe. Ils souhaitent aujourd’hui mettre un terme à «l’exception moyen-orientale» : à la fois par intérêt et par idéalisme, l’Administration américaine veut rompre avec des décennies d’accommodement avec les dictatures de la région au nom de la stabilité (condition nécessaire, notamment, à l’accès régulier à un pétrole bon marché). Il s’agirait en effet de gagner la «quatrième guerre mondiale», comme a été gagnée la «troisième», c’est-à-dire la guerre froide. Le pari est évidemment difficile. Pour des raisons tactiques, les États-Unis doivent aujourd’hui ménager des régimes autoritaires tels que l’Arabie saoudite, dont ils ont besoin pour la lutte antiterroriste. (…) De ce fait, Paul Wolfowitz n’a pas tort de suggérer que le combat engagé par les États-Unis durera plus longtemps que la guerre froide et sera plus dur que la Seconde Guerre mondiale. Mais, si le résultat est incertain, le mouvement lui est bien engagé. Les révolutions pacifiques en Géorgie et en Ukraine ont été appuyées discrètement par des organisations publiques et privées américaines. Certes, ce qu’il est convenu d’appeler le «printemps arabe» repose aussi sur des dynamiques locales et a bien sûr bénéficié d’événements imprévus tels que la mort de Yasser Arafat ou l’assassinat de Rafic Hariri. Mais la pression américaine a joué un rôle non négligeable. En mai 2004, choisissant de «se couper les cheveux avant que les Américains ne les tondent» – selon les termes d’un diplomate, les dirigeants de la Ligue arabe se sont engagés à étendre les pratiques démocratiques, à élargir la participation des citoyens à la vie publique et à renforcer la société civile. Même le président Assad semble aux abois lorsqu’il dit publiquement qu’il «n’est pas Saddam Hussein» et qu’il «veut négocier»… (…). La question géopolitique centrale de notre temps reste donc bien celle qui avait été au coeur de l’affrontement franco-américain de 2002-2003 : faut-il préférer la stabilité au risque de l’injustice, ou la démocratisation au risque du chaos ? Optimiste et risqué, le pari américain n’en reste pas moins éthiquement défendable et met du coup l’Europe, qui se veut une «puissance morale» (si l’on en croit le président de la Commission, M. Barroso), en porte-à-faux. L’Union européenne s’est révélée être une force capable de promouvoir simultanément la stabilité et la démocratisation, mais seulement dans son environnement immédiat. Pour le reste, elle n’a pas de stratégie alternative, le «processus de Barcelone» ayant eu du point de vue politique des résultats plus que mitigés. Il lui reste donc à choisir entre approuver, s’opposer ou accompagner le combat américain. »

Bruno Tertrais (19 mars 2005)

« Le vieux projet de Reagan d’exportation de la démocratie fut remis au goût du jour à travers l’annonce du projet de Grand Moyen-Orient en Novembre 2003 qui prôna la nécessité d’une démocratisation sans limites. Les néo-conservateurs qui avaient participé au deuxième mandat de Reagan revendiquèrent leur apport à la démocratisation en Asie, en Amérique latine et en Europe dans les années 80 et 90. Il était donc temps selon eux de mettre fin à la situation stagnante au Moyen-Orient. La théorie des dominos était censée s’appliquer à la région en partant de l’Irak, même si elle pouvait mettre un certain temps à se réaliser selon les dynamiques locales. »

Alia Al Jiboury (19 octobre 2006)

« Depuis la chute de la dictature de Ben Ali en Tunisie, les dictateurs et autres despotes arabes tremblent devant le vent de liberté, transformé en tempête. Les peuples arabes, compressés depuis des décennies, rêvent de liberté et de démocratie. Ils finissent, à tour de rôle, par réaliser le projet de George W. Bush, qu’ils avaient tant dénoncé. »

– Khaled Asmar pour Mediarabe.info (28 janvier 2011)

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