Un gardien d’immeuble et une professeur d’histoire-géo, tous deux d’origine maghrébine et de confession musulmane, confient leurs inquiétudes sur une situation qu’ils jugent « alarmante » dans les banlieues : « Des gamins comme Merah, il y en a d’autres »

M. a 35 ans. Il a grandi en Île-de-France, et a choisi de devenir gardien d’immeuble. « Mais avec mon profil de maghrébin, on ne m’a proposé du boulot que dans le 93, en Seine-Saint-Denis », raconte-t-il. C’est ainsi que ce grand gaillard, d’origine tunisienne, a commencé son métier il y a huit ans.

Aujourd’hui, il s’occupe du gardiennage de plusieurs immeubles dans une cité de Sevran. Il raconte un milieu au bord de l’implosion. « Depuis vendredi dernier, dans la cité, il y a des tags qui rendent hommage à Merah. On lit « Gloire à Mohamed », « Gloire au martyr »… Si ça continue, ça va exploser. Des gamins capables de perdre la tête comme Merah, il y en a d’autres par ici. »

Jointes par téléphone, la mairie et la police de Sevran ne sont pas au courant de ces graffitis. « Nous sommes allés faire un tour ce matin dans la cité en question, nous n’avons pas visité toutes les tours, mais nous n’avons rien constaté de ce genre », nous confie le commandant en police en charge du secteur.


« On n’a rien vu ! »

Difficile dès lors de vérifier les dires de M., mais lui l’assure, « Merah est « glorifié » parce qu’il a mis la France à genoux. » Cependant, comme le relatait hier Le Parisien, « plusieurs incidents graves », en lien avec l’affaire Mohamed Merah « ont été recensés par la police un peu partout en France depuis sa mort ». L’AFP signale elle qu’une inscription appelant à « venger » Merah a été découverte ce lundi dans une maison d’arrêt en Isère.

Une atmosphère sous tension confirmée également par Samia Hathroubi. Cette professeur d’histoire-géo de 27 ans enseigne à Villepinte, en Seine-Saint-Denis. Elle connaît très bien la question de l’Islam en France, et a créé une association qui oeuvre pour le dialogue judéo-musulman, Parler en paix. Elle a mené un débat avec ses élèves sur ces événements en classe. « Aucun n’a défendu Merah, mais ils m’ont rapporté que sur Facebook, énormément de leurs contacts l’admiraient, parlaient de lui comme un « bonhomme », qui a su tenir tête jusqu’au bout. »

M. a connu plusieurs départements d’Île-de-France, plusieurs cités avec son travail de gardien d’immeuble. Aucune n’atteint le niveau de dangerosité de celles du 93 selon lui. « Quand la police pense avoir une longueur d’avance, les jeunes sont déjà loin. On nous parle dans les médias d’Afghanistan et de Pakistan. Cela fait un moment que les jeunes ne vont plus là-bas. » L’homme va même plus loin. Il affirme que « désormais, ça se passe en Tunisie, et dans le sud de l’Algérie », selon lui. « Je vois des gamins disparaître de la cité pendant quelques mois. Quand ils reviennent, ils sont ultra-musclés, très déterminés, avec un comportement complètement différent : finis les nanas, le rap, l’alcool ou le shit. Ils se font laver le cerveau par des fondamentalistes qui nous font honte à nous, les musulmans. »

Aussi à Tarbes, à Fréjus, à Créteil, à Argenteuil et dans beaucoup beaucoup d’autres villes de France.