#Réflexion flash#

Nous vivons dans l’incapacité de supporter notre propre poids culturel. La civilisation européenne a produit son content de grands maîtres et de chefs-d’œuvres. On peut difficilement assimiler en une vie tout ce que notre civilisation a produit de haute culture, en vue de poser sa propre pierre au sommet toujours plus inatteignable de l’édifice culturel. (Le dernier a avoir réalisé pareil exploit est, à mon humble avis, James Joyce avec son Finnegans Wake. Aidé de sa formidable mémoire, Joyce a su réaliser une synthèse – la synthèse – de notre Histoire sous forme de songe épique. Car c’est tout ce qu’il nous reste de notre civilisation. Un rêve, un conte, une légende. Un poème, peut-être, au rythme à la fois lourd et fulgurant. James Joyce n’est-il pas d’ailleurs le premier, le dernier, le seul Moderne ? Toute sa postérité est post-moderne, post-joycienne. Finnegans Wake est le pinacle qui couronne tout l’œuvre des grands maîtres successifs ayant contribué à bâtir notre civilisation.) Toute la culture d’après-guerre s’appuie sur un nouveau paradigme. Toute la culture d’après-guerre est comme celle d’un nouveau peuple, déchristianisé, dévirilisé, désabusé, dépossédé de tout son bagage culturel par son incapacité à s’élever aussi haut que ce qu’il a produit de plus haut, réduit à repartir de rien, à faire table rase.

Nous vivons parallèlement, comme toutes les sociétés surindustrialisées, un ralentissement de nos taux de natalité. Individualisme avivé par l’excès de temps libre, confort de vivre qui appelle in fine à plus de confort… Les causes sont anthropologiques, profondes et mal connues mais les faits sont là : les populations de sociétés développées tendent à faire moins d’enfants.

Ces deux vides, culturel et démographique, ont créé une brèche formidable qu’est venue couvrir une politique d’immigration soutenue par un humanisme lénifiant, tétanisés que nous sommes par l’idée même de violence, de conflit. Peu importe, au fond, ces politiques et les calculs qui les ont motivées. L’inverse n’aurait rien changé. Un tel vide réclame d’être comblé.

Alors on peut déplorer la dérive de notre civilisation, sa fin prochaine, sa substitution progressive par des peuples plus jeunes, plus vigoureux, moins marqués des stigmates du confort et du raffinement, une population tiers-mondiste qui n’a pas perdu le goût de la lutte.
On peut se lamenter de l’emprise grandissante que prennent ces cultures sur nos territoires, mais on peut difficilement les blâmer de nos propres impérities.

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