Category: Histoire d’en rire


Donnez moi un putain de cheval merde! C'est pas comme si je demandais un condor non plus!

 » Un cheval! Mon royaume pour un cheval!
– Hep! Votre Seigneurie bienveillante?
– Plaît-il?
– C’est à dire que j’ai ici une fière monture qui recherche un robuste cavalier.
– Eh bien l’ami, montrez moi donc l’animal, qu’attendez-vous? N’avez vous point entendu mon offre? Mon royaume pour un cheval!
– Un marché fort intéressant et qui vous honore, seigneur.
– Vous causez plus qu’il ne faut, dévoilez la royale monture qui me portera trancher la gorge de ce maudit Richmond!
– Certes, certes mon seigneur, voici le destrier qui vous conduira vers votre royale destinée.
– Ca! Un cheval?
– A vrai dire c’est un poney, mais c’est tout ce que j’ai sous la main je vous le jure.
– Un poney! M’avez-vous entendu crier « Un poney! Mon royaume pour un poney! » ?
– Non votre altesse, il est vrai.
– Donc cessez sur le champ d’ânonner à tout va que vous possédez un cheval pour porter le roi! Je ne vous en donne certainement pas un royaume!
– Je ne comprends que trop bien, altesse, ainsi je ne vous en demanderai qu’un demi.
– Ma parole! Voilà un palefrenier qui, à défaut de s’y connaitre en chevaux, entend bien les affaires d’argent! Ah! Comme je serai beau! Le roi sur un cheval d’enfant!
– Aucune de ces richesses ne me comble plus que votre gloire!
– Et vous osez m’appeler altesse en m’ôtant la victoire!
– Jamais!
– Traitre!
– Je vous en conjure majesté! Galopez! Sans peur! Sur le champ de bataille! Il est l’heure, je le sens, de châtier la racaille!
– Mes jambes touchent terre. L’animal rampe car il ne peut marcher. Entendez mes soldats me railler à la guerre: C’est le roi qui campe, écrasant un poney!
– Je comprends, le prix pèse lourd. Je consens, votre altesse, à ne point rester sourd.
– A la bonne heure et trêve de rime, je vous donne le Yorkshire comme je donne la chancrelle à un ami intime.
– J’accepte de bon coeur, et vous souhaite bonne fortune. Ne laissez point ce Richmond vous emplir d’amertume!
– Souffrez que je le vainque, car sous le roi, ce destrier en vaut cinq! CHARGEZ!
– Evitez juste de trop tirer sur le mord, on lui a recollé les dents ce matin, à l’aurore!

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L’adoubement de Perceval


– C’est là ? Là ?
– Ouais nan là, plus à gauche, tu vois pas ?
– Mais quoi, c’est quoi le problème ?
– Ben la maille elle a sauté. C’était pas bien fixé, je sais pas comment tu t’es démerdée.
– Oh ça va hein ! C’est déjà assez galère de tricoter avec des épées, alors c’est pas la peine d’en rajouter. Franchement Perceval, tu me fais suer avec ta cotte de mailles. T’aurais pu faire moine, comme ton frère, et je t’aurais tricoté un jolie robe de bure. Avec des aiguilles ! Des aiguilles !!!!!!!!

Le duel d’Eugène Onéguine et Vladimir Lenskyi par Ilya Repine (1889)

– Bon alors messieurs, pour déterminer l’ordre de tir nous allons jouer à pile ou face. Monsieur le Comte Oneguine, toujours en votre qualité d’offensé : que choisissez-vous ?
– Je choisis pile.
– Je choisis pile aussi !
– Ah mais non, monsieur Lenskyi, comprenez bien que vous ne pouvez pas être deux à choisir pile.
– Et pourquoi donc, je vous le demande ?
– Mais, mais, mais et bien tout simplement parce que chacun des joueurs doit choisir une face différente afin de déterminer un gagnant.
– Si c’est face, c’est pas pile alors.
– …
– Pile !
– Laissez Boris, si le sieur Lenskyi désire tant que ça le côté pile, qu’il en soit ainsi. Cela ne change rien à l’affaire.
– Ho ho ho, comme il se la pète le ducon comte.
– Monsieur Lenskyi, vous ne pouvez pas parler au comte de la sorte ! Je vous rappelle que c’est ce genre de propos qui l’ont amené, avec raison, à vous provoquer en duel.
– Suffit Boris, il serait vain de tenter d’expliquer à ce cafard impudent les règles de la bienséance.
– Non mais oh ! Le comte qui m’insulte, alors ! Je demande un duel !
– Mais nous sommes DÉJÀ en duel, suivez un peu, bonté divine.
– Bon alors, tout le monde est prêt ? Je lance la pièce… Et c’est
BANG !
– AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! AAAAAAAARRRRGH !
– Mais, mais, mais, monsieur Lenskyi ! Ça ne va pas ? Vous n’avez pas le droit de tirer avant même qu’on ait tiré à pile ou face !
– Alors le comte ? Qu’est-ce que tu gueules ! T’as perdu ton flegme ?
– Monsieur le comte, je constate effectivement que vous perdez plein de phlegme. Il faut vous transporter immédiatement au dispensaire.
– AAAAAAAAAAAAAH et en plus c’était face !
Click click click click click
– Monsieur Lenskyi, que faites-vous donc ?
– Mais ? Mon pistolet est vide ?
– Ce sont des pistolets de duel à un coup, Monsieur Lenskyi.
– Quoi, mais c’est honteux ! Comment je l’achève moi, hein ? Vous ne vous en tirerez pas comme ça vous, je vous provoque en duel !
– Hein ? Quoi ? Mais, mais, mais c’est insensé ! C’est la première fois que je vous voie et je ne vous ai en rien offensé.
– Et je choisis pile ! Pile !
– Mais c’était faaAAAAaaace AAAAAAAAAAAAAAARGH !

11 janvier 49 avant JC – Jules César franchit le Rubicon

– Alea Jacta Est.
– Où ça ? Il veut qu’on aille où ?
– Jacta Est. Je connais pas. Je suis du Nord, moi.
– Je croyais qu’on rentrait à Rome. T’es bien sûr que c’est ce qu’il a dit ?
– Allez à Jacta Est, ouais ! Je suis pas sourd.
– Et merde… J’ai fait dire à ma femme que je rentrais, moi. Font chier ces généraux qui savent jamais prendre de vraies décisions.

Bataille de la Montagne Blanche – 8 Nov. 1620 (par Pieter Snayers)

– Alors vous, là-bas, reportez-vous sur la gauche. Non, non, pas vous. Eux, là. Ouais, vous. Gauche, gauche ! Mais putain j’ai dit GAUCHE ! Ah ouais non droite pour vous en fait. Ouais. Autant pour moi… Voilà. Parfait. Parfait, parfait, par… Dites-donc vous au milieu, qu’est-ce que vous attendez pour avancer ? Que la guerre soit finie ? Alors on rejoint ses petits camarades sur la colline et on étripe du Tchèque dans la bonne humeur s’il-vous-plaît. Voilà. C’est mieux. Oui comme ça, c’est bien. Ouch ! Aïe, aïe, aïe, en effet ça doit faire mal… Oui enfin bon cessez de beugler comme ça comment voulez-vous que vos camarades entendent mes ordres, sinon, hein ? Bon. Contre-attaquez sur la gauche maintenant. Ouais c’est ça, ouais. L’autre gauche. Vous m’avez compris. Bien, bien, bien, cette bataille me paraît se dérouler à merveille. À part peut-être eux là, qui m’ont l’air de… Mais ? Mais qu’est-ce qu’ils branlent ? Non mais oh, les mecs, là ! C’est de l’autre côté que ça se passe ! Non mais ils sont cons ou bien ils le font exprès ? Mais arrêtez ! C’est pas vrai mais il va falloir que j’y aille moi-même ou quoi ? Mais non ! Mais non, pas sur eux ! Putain mais… Ah ouais non d’accord, ce sont pas des troupes à nous en fait… Bon… Booooooooon… Va quand même falloir sérieusement songer à inventer l’uniforme, parce que ça devient n’importe quoi, ces guerres.
– Moi j’aime bien tous ces chamarrés de bleu, de vert, de rouge. Ces couleurs qui virevoltent, je trouve cela très beau.
– Ah oui et ben on voit bien que ce n’est pas vous qui êtes obligé de vous époumoner pour faire suivre vos ordres à des types qui ne sont même pas capables de comprendre votre langue, pour la belle et bonne raison qu’ils ne sont pas dans votre camp. Non, non, non, il va vraiment falloir faire quelque chose pour remédier à ces méprises, et vu comment Bernburg en face vient d’engueuler mes mousquetaires, je ne serais pas surpris d’apprendre qu’il pense comme moi.

Tapisserie de Bayeux (extrait), XIe siècle

– Bondiou d’bouseux baveux que j’voyons là ! Eh ! Du bouseux !
– Vin’Dieu qu’est ce que j’voyons là sur l’instant ? Eul racaille du vil Seigneur pour sûr ! Bien l’bonjour vot’ seigneurie !
– Bonté Divine bouseux comme tu peux puer ! Bouseux ! Donne-moi du foin sur l’heure ! Notre bien-aimé Seigneur veut du foin pour mener sa guerre. Ses chevaux ont faim! Sur l’heure j’ai dit bouseux !
– J’n’avyons point de problème pour esgourdir vot’ seigneurerie, j’m’en va vous chercher not’ meilleur foin pour bouter ces Anglois de malheur !
– Bon Dieu d’Anglois de malheur !
– Hermance, voyons, contenez-vous malheureux.
– C’est que ces bouseux me donnent le mal de mer Anthelme, ces odeurs…
– Eh là, j’n’aimions point trop vos manières, not’ odeur est p’têtre pas bien joyeuse, mais not’ foin, lui, fait reluire les valseuses, ça oui ! Aussi vrai que j’m’appelle Nestor Fromentin ! Clotaire ! Viens voir un peu montrer ça a not’ bon gentilhomme !
– Ça ira bouseux, ça ira, merci bien. Faites… Je vous en prie, j’espère que ce n’est pas notre foin qu’empoigne ce petit cafard pour… Seigneur Dieu !
– Frotte plus fort garcon, not’ preux chevalier là nous fait un malaise !
– Bouseux ! Il suffit, sur-le-champ faites cesser !
– Comme vous voudrez, mais viens-y plus le r’dire sur not’ foin avec ton langage du démon !
– S’il n’y a que ça pour vous faire arrêter, qu’il en soit ainsi ! J’accède a votre requête. Et maintenant hâtez-vous du bouseux, c’est que nous avons de l’Anglois à bouter nous…
– Pour sûr qu’elles sont bien luisantes main’nant eul valseuses !
– Clotaire, arrête d’eul brailler d’la sorte, ces chevaliers veulent eut foin pour bouter de l’Anglois !
– Milles excuses noble chevalier, j’savyons point les manières d’vous autres.
– Dites Hermance, je connais une petite Ermeline qui saurait y faire avec ce foin…
– Foutredieu de bouseux puant, mets m’en une poignée a part. Anthelme, encore une idée comme celle-là et je vais vous demander de me passer le foin, si vous suivez ma pensée !

Un matin devant la porte du Louvre (Édouard Debat-Ponsan – 1880)



– Il fait beau aujourd’hui.
– Oui, mais il fait frais.
– C’est pas faux. Les éboueurs ne sont pas encore passé ?
– N… Non, ils ont un peu de retard.
– Je n’ai rien, Charles, et vous le savez, contre vos petites sauteries, mais enfin vous pourriez veiller à ce que tout soit en ordre le matin venu. Que vont penser les voisins ?
– Oh, ne vous inquiétez pas pour ça, mère. Vous voyez le barbu en chausses, là, qui repose sur l’épaule de ce bel éphèbe ? C’est le baron de l’Ourcq, qui habite juste là en face.
– Qui habitait, vous voulez dire ?
– Euuuuuuh oui on peut dire ça comme ça. Notez que sa femme, enfin… sa euh… ahem… veuve vit toujours de ce côté.
– C’est exact. C’est d’ailleurs elle qu’on aperçoit sanglotant à la fenêtre.
– Ah oui tiens. Wouhou ! Madame la baronne ! Belle journée, n’est-ce pas ? Ah… ben tiens, elle est partie. La courtoisie n’est plus ce qu’elle était.
– Les fêtes à la cour non plus. Je m’inquiète du nombre de roturiers qu’on voit étendus sur ce pavé, mon cher fils.
– Mais… Mère ! C’est vous qui m’avez demandé de ne pas trop peser sur les rangs de notre noblesse déjà vivement malmenée.
– Ce n’est pas vraiment ainsi que je voyais les choses. Mais enfin, Charles, que faites-vous donc lors de ces soirées ?
– Oh ! Trois fois rien, je vous assure. Des petites pièces improvisées, des saynètes, des jeux de rôle… Tenez, hier, c’était la reconstitution de la bataille d’Admagetobriga, durant laquelle César battit les Suèves menés par Arioviste. C’était en 58 avant…
– Je sais très bien cela. Vous me prenez pour une ignorante ?
– Ah oui et bien euh… vous avez sous les yeux ce qu’il reste de l’armée Suève. Enfin ce qu’il reste… Le baron de l’Ourcq qui jouait, à la perfection je dois dire, le rôle d’Arioviste, n’a pas su changer le cours de l’Histoire. Il n’a pas eu plus de chance que son homonyme. Pourtant il s’est battu comme un beau diable, vous auriez dû voir ça, un vrai Barbare, ahahah. Cela dit, quelle chance avait-il face aux légions romaines ?
– Vous jouiez j’imagine le rôle de César ?
– Évidemment, Mère. Qui d’autre eût pu tenir ce rôle ?
– Bon, bon, si vous vous piquez d’histoire, je ne peux pas vraiment vous en tenir rigueur, c’est très bien. Et cette jeune fille, là, elle faisait partie des troupes d’Arioviste ?
– Ah euh… elle ? Ahah euh… non, non, non, non. Pas exactement. En fait pas du tout. C’est-à-dire… C’est quelque chose de complètement différent. Enfin si on veut. Voyez, après la bataille, les troupes victorieuses ont une fâcheuse tendance à… euh… piller, brûler et violer, enfin ce genre de choses qui font tout le charme de la guerre, et cette jeune fille a eu le malheur de se trouver à proximité lors de nos… euh… de nos célébrations.
– Je vois, je vois. Quand donc est programmée votre prochaine bacchanale ?
– Oh oh oh, Mère, comme vous y allez ! Une petite partie, tout au plus.
– Quand ?
– Mardi prochain, oui. Pour fêter la St-Eustache, nous rejouons la bataille d’Hastings.
– J’ai peur de ne pas comprendre.
– Ah mais ce n’est pas étonnant. Cela vient d’une maxime qui circule entre nous : « À la Saint Eustache, rase ta moustache. » Vous n’êtes pas sans savoir en effet que Guillaume le Conquérant, principal protagoniste de cette célèbre bataille, a inauguré son règne par un décret instaurant le rasage obligatoire.
– Vous… vous êtes sérieux ?
– On ne peut plus.
– …
– …
– Bon, et bien, euh… En parlant de moustache, j’ai… euh… j’ai du tricot qui m’attend… Rentrons.

Louis VIII reçoit la soumission de la ville d’Avignon (1229)

– T’as encore oublié tes clés.
– Ouais je sais. Grouille, je suis à la bourre.

– Ce n’est pas du tout ce que j’avais commandé… Hep ! Viens voir un peu par ici, toi. Qu’est-ce que c’est que ça ?
– Il s’agit d’un coq au Chambertin, Messire, accompagné d’une purée de navets saucée au verjus. C’est un plat traditionnel de la région et…
– Non, non, non et non. J’avais demandé un burrito. Où est-il ?
– C’est que, Messire, nous n’avons pas les ingrédients requis pour honorer votre commande. De plus, il me semble qu’un plat bien de chez nous serait plus à même de satisfaire vos appétits et, plus important encore, de sceller votre attachement à notre belle région ainsi qu’à son seigneur.
– Rien du tout. Ça, là, ce sont bien des galettes de sarrazin, je me trompe ?
– Oui, oui, ce sont des crâpiau, des crêpes au lard et au persil. C’est un plat traditionnel de la…
– Ça fera l’affaire. Rajoutez-y de la viande, du poivron, du fromage et des haricots et roulez-moi tout ça. Ah, et ne lésinez pas sur le guacamole, j’adore ce truc.
– Tout de même, Armand, vous devriez goûter la cuisine locale. C’est excellent, vous savez.
– Écoutez Louis, si j’ai envie d’un burrito, j’ai envie d’un burrito. Ce sont des choses qui ne se commandent pas et… Attendez une minute. Qu’est-ce qu’il me fait, l’autre, là ? Hep ! Qu’est-ce que vous êtes en train de mettre comme fromage dans mon burrito ?
– C’est du chaource, Messire. Je n’ai que ça ou du brillat-savarin. Ce sont tous deux des fromages traditionnels de la région…
– Ouais, ouais ça va j’ai compris. Vous avez un problème avec tout ce qui ne vient pas de chez vous, on dirait. Seriez pas un peu xénophobe, des fois, hmm ? Du chaource. Dans un burrito ! Quel gâchis. J’ose espérer que vous n’êtes pas en train de me préparer un guacamole à base de brocolis.
– …
– C’est bien ce que je pensais. Vous pensiez que j’allais pas m’en rendre compte ou quoi ? C’est du foutage de gueule. Je vous préviens, je vais quitter l’Ordre, reprendre la croisade au Mexique, et ce sera réglé.
– …
– Armand, je crois que vous avez un peu trop forcé sur le pinot.
– C’est parce qu’ils n’avaient pas de Tequila ! Ce chauuuuuuuvinisme… Burp !… ça me désole… et après on s’étonne que…. Beeeeeeeeeeeeuuuuuuuuuaaaarrrrrrg…
– *soupir* Excusez-moi ! Vous voulez bien nous apporter un seau ? Voire une cuve. Oui une cuve, ce serait mieux. Et passez donc un coup de serpillière, si vous voulez bien. Voilà… Ah tiens, tant que j’y pense et que vous êtes là : vous faites des sushis ?

La mort de Boniface VIII, par Boccace. Enluminure issue de l’ouvrage De Casibus Virorum Illustribus, XIV° siècle.

– « Il a mal aux mains », « il a mal aux mains »… Je vois pas comment il peut avoir mal aux mains maintenant qu’on les lui a coupées.
– Logique irréfutable. Examen méthodique. Diagnostic sans appel. Traitement énergique. Je ne vois pas ce qu’on pourrait faire de plus.
– De quoi il se plaint, franchement ? On représente quand même ce qui se fait de mieux en matière de médecine, non ? On est au 14ème siècle, merde ! C’est plus le moyen-âge ! Enfin si mais bon, on se comprend.
– Notez bien qu’on découvre chaque jour de nouvelles afflictions, comme on découvre de nouvelles cures.
– Bien sûr, bien sûr. La médecine a ses failles. L’empirisme est roi.
– C’est quand même terrible, quand on y pense…
– Quoi ?
– Tous ces maux qui paraissent bénins mais qui se révèlent, au final, des plus fâcheux. On en a un exemple édifiant sous les yeux. Qui aurait pu imaginer qu’un peu d’arthrite puisse vous réduire pareillement un homme ? Et pas n’importe quel homme ! Un pape ! Le vicaire du Christ ! Et tout ça malgré un traitement de premier ordre. C’est terrible.
– Je sais bien. Tenez, la semaine dernière j’étais chez le comte de Nevers. Il s’était foulé la cheville. Ça n’a l’air de rien, une cheville foulée. Figurez-vous qu’il en est mort.
– Terrible. Quel médication avez-vous appliqué ?
– Eh bien, j’ai appliqué la méthode empirique, bien sûr, et en toute logique, pris la décision de séparer l’organe souffrant de la part saine du patient.
– Évidemment. Logique implacable. Méthodes irréprochables. Verdict catégorique. Traitement draconien. Que peut-on faire de plus, à part s’en remettre à Dieu ?
– On est peu de choses, tout de même.
– N’est-ce pas ?
– …
– …
– Qu’est-ce qu’il marmonne, là ? Je n’y comprends rien.
– Il dit qu’il a mal à la tête…

– Rooooh allez, quoi. Alleeeeeeeeez, faites pas la gueule.
– On avait dit : au-dessus du genou !!!!
– Ben quoi ? Pfffrrrr… On a coupé au-dessus du genou, non ?
– C’est du foutage de gueule ! J’ai l’air malin, maintenant. Que va dire Ermantrude ?
– Ah nan mais… De toute façon, ça fait un moment qu’elle couche avec Othon, non ?
– Quoi ?!
– Oups… Ben je pensais que t’étais au courant. Vu le nombre de chansons paillardes qui se chantent à tous les banquets de France et de Navarre. Je crois même que le pape en a fait un cantique, c’est pour te dire.
♪Ermantrude ce matin
Avait le cul mouillé, ♫
♫ À Othon le Germain
Elle a fait essuyer ♪
Avec sa lang…
– Ça suffit ! Je ne veux pas en entendre un mot de plus.
– Ohala, à croire que la défaite t’a fait perdre le sens de l’humour. Bon c’est pas tout ça, j’ai de nouvelles terres à administrer, moi. Ciao les culs-de-jatte !


– « Concédant la défaite et m’avouant vaincu »

– Concédant la défaite et m’avouant vaincu…
Groufmmg Grmmghf Grrragl

– « Reconnaissant ainsi Philippe-Auguste, Roi de France, pour unique suzerain et seigneur »
– Reconnaissant ainsi Philippe-Auguste, Roi de France, pour unique suzerain et seigneur…
– « Je dépose céans, au pied de la Croix et de la Couronne de France »
Grrrmafrrg Grrrrrrff
– Je dép… Dites vous pourriez faire taire vos chiens, là ? J’ai du mal à me concentrer.
– Désolé, mon doux sire, mais dès qu’ils sentent de l’Anglais, ils deviennent incontrôlables. Sauf vot’respect, bien sûr.
– Hmmpf, ouais enfin bon, je sais pas moi, faites-les reculer, quoi, ils ont rien à foutre là, ces clébards.
– Hého, dites donc, ces chiens sont des chiens français, et en tant que tels ils ont bien plus à faire ici que vous z’aut’ putains d’Anglois de mes deux. Sauf vot’respect, bien sûr.
– Non mais comment il me parle le gueux, là. Je vais te…
– « JE DÉPOSE CÉANS, AU PIED DE LA CROIX ET DE LA COURONNE DE FRANCE »
– Ouais ouais bon ça va on arrive. Je dépose céans, au pied de la Croix et de la Couronne de France…
– « Mon épée, mon honneur, mes terres de la Normandie, du Maine, de l’Anjou, de la Touraine et de la Bretagne »
Grmrmmmmmf Wraf
– Mon épée, mon honneur, mes terres de la Normandie, du Maine, de l’Anjou, de la Touraine et de la Bretagne…
– « Ainsi que mon épouse, Isabelle d’Angoulême »
– Ainsi que mon ép… Hein, quoi ?! Ah, non, non, non, c’était pas prévu dans l’accord, ça, je refuse tout net et AAAAAAAAAïïïïïïïe ! aïe ! aïe ! aïe ! aïe ! C’est bon, c’est bon, c’est bon, dites à vos chiens de me lâcher.
Bwarf